Avec Tom Hardy, Joel Edgerton, Jennifer Morrison et Nick Nolte - Metropolitan filmexport -
Et ta critique ?
Un film sur le free fight? Non merci! Un film qui soulève une émotion inattendue? On est preneur!
La plus terrible des confrontations de Warrior a lieu au tout début du film. Tommy, après des années d'absence, retrouve son père, Paddy, alcoolique repenti et ancien mari violent . Chacun dans un fauteuil, les deux hommes s'expliquent et les mots peuvent rapidement mettre KO.
Malgré des rapports sous haute tension, le père et le fils vont faire un pacte: Tommy sera entrainé à la dure par son père, ancien prof de lutte, en vue de la plus grande compétition de Arts Martiaux Mixtes: grosse réunion de bourrins qui se tabassent pour la plus grande joie des sponsors et du public.
On reconnait le controversé Free fight, combat spectaculaire où tous les coups sont (quasiment) permis. Tommy, machine à tout détruire au regard perdu, a toutes les "qualités" pour remporter la somme de cinq millions de dollars.
Cependant Brendan Conlon a besoin lui aussi d'argent. Le frère ainé, discret enseignant, a 90 jours pour rembourser son emprunt. Les huissiers sont à la porte de sa maison. Avec sa femme et ses trois enfants, il sera à la rue. Malgré une haine certaine pour son père, il n'a rien oublié de la lutte et décide lui aussi de s'inscrire au concours de bourre pifs!
Ce qui doit arriver, arrivera: les deux frères finiront tous les deux sur le ring pour un affrontement impitoyable. Au fil de l'histoire, on comprendra aussi que le regard de bovin de Tommy est en fait mélancolique et dépressif. Les secrets de famille vont être livrés et le réalisateur, Gavin O'Connor, réussit un exploit: il rend touchant deux grosses brutes dans un sport aussi douteux qu'assez laid visuellement.
Après le polar Le prix de la loyauté, Gavin O'Connor continue d'observer les clichés du cinéma américain avec un goût du social évident. On retrouve chez ce réalisateur cette même hargne qu'un Sydney Lumet avait pour fixer la fiction dans la réalité la plus convenue.
Après Rocky ou The Fighter, on pensait que l'on avait fait le tour de la question sur les sports de combat mais le réalisateur fait des choix passionnants pour transformer son combat en tableau social sur l'Amérique d'aujourd'hui. Les deux frères sont marqués par les deux plus grand drame actuels de l'Amérique: l'endettement et la guerre en Ira mais aussi victimes de la surmédiatisation ou l'individualisme forcené.
Evidemment, le film ne peut pas faire dans la nuance mais il est percutant par son émotion, que l'on attendait pas si visible devant les deux carcasses expiatoires des frères Conlon. A ce niveau là, l'interprétation du film est simplement stupéfiante. Le ton est juste et les deux colosses ne sont pas que des gros bras sans cervelle: les deux comédiens sont exceptionnels.
Mieux encore, O'Connor, face à un sport ambigu, ne tombe pas dans le piège de la violence gratuite. Les coups sont violents mais pas les images. Il préfère nettement les cicatrices, les bleus et les blessures intimes.
C'est un film d'une intelligence rare et maîtrisé malgré son sujet peu noble. Les clichés ne sont qu'apparents. L'humanisme est un peu appuyé mais Warrior a constamment l'envie de s'adresser au spectateur, lui demande de regarder un peu plus loin que les évidences toutes faites. On pensait sortir lessiver de ce film de baston: on en sort certes fatigué mais épuisé d'une succession de belles émotions inattendues. Plus qu'un coup de poing, Warrior est un coup de/au coeur!