Héritiers d’un rock sudiste, les Black Crowes ont brûlé leurs ailes sur l’hôtel de la vie rock’n’roll. Enterrés officiellement il y a 7 ans, les revoilà et le corbeau s’est transformé en phénix. Le mythe est toujours vivant.
Petits avatars des Stones, les Black Crowes ont les mêmes tics que leurs illustres aînés. Un rock bouillant largement inspiré par le blues du sud des Etats-Unis. Un goût très prononcé pour la provocation. Une consommation assumée de stupéfiants. Des performances scéniques souvent impressionnantes. Et surtout un duo de leaders qui passent son temps à se foutre copieusement sur la gueule.
A ma gauche, Chris Robinson, chanteur livide et élastique à la voix rocailleuse. A ma droite, Rich Robinson, guitariste discret et pugnace. En 2001, leurs différents ont raison d’un groupe fatigué et auteur de deux chefs d’œuvre indispensables : The southern harmony & musical companion et Amorica.
Les belles histoires du rock’n’roll finissent mal en général et les corbeaux d’Atlanta ne sont pas différents des autres. Le groupe s’arrête, lessivé par les egos et les excès en tout genre. Mais la légende du Sex drugs & rock’n’roll a sacrément survécu grâce à eux.
Les frères Robinson sont ils devenus des vieux cons, surfant sur une gloire passée ? Heureusement non ! Depuis quelques temps, les frangins se pardonnaient sur scène pour des concerts diaboliques avec leur groupe surdoué. Et arrive enfin un album qui prouve que les Black Crowes sont toujours là !
Du groupe initial, il ne reste plus grand monde. Seul le batteur est d’origine. Cela se sent. Le son et les envies ne sont plus les mêmes. La révolution annoncée il y a 18ans, n’a pas eu lieu. Seules les rêves sont restés. Le premier morceau, au titre nostalgique, souligne le réalisme des Robinson.
Les Black Crowes ont le blues et cela leur va bien. Warpaint est un album de blues. Le rock s’est un peu effacé. Désormais, Chris et Rich, enfants du rock, sont revenus de tout. Ils ont compris qu’ils étaient liés après les échecs de leurs projets solos ou de leur mariage people (Chris fut le mari de l’actrice Kate Hudson). Résignés, ils se sont convaincus de refaire de la musique ensemble et il faut dire que cela marche.
Aidé par le complice d’Oasis, Paul Stacey, les rapaces redéploient leur son gras, généreux et tendu. La voix donne le frisson. Les guitares offrent des riffs remuants. Le rythme a ralenti mais ne s’est pas paralysé. Au contraire, le calme va bien aux musiciens.
Moins effrayants qu’avant, ils sont plus abordables mais conservent ce goût rustique et toxique. Leur blues est sale, sincère et pour eux, indispensables. Ils renaissent et ont besoin de ce disque joliment généreux. Le plaisir est partagé et la mythologie de la musique sudiste reprend de la vigueur.
Sans rien attendre, les corbeaux ont repris des couleurs. Les savoir de nouveau dans les cieux est une bonne nouvelle pour accueillir les beaux jours. On attend patiemment une migration dans nos contrées !
"She talks to angels"...une vidéo un peu passée mais ce son...