Malgré des qualités évidentes et un savoir-faire qui ne se dément pas, le dernier Pixar déçoit un peu. Pas de quoi bouder son plaisir, mais devant les réussites passées, comment ne pas être exigeant ?
Alors que notre belle planète a été laissée en proie aux ordures et que l’espèce humaine se réfugie dans un coin de la galaxie, une unité de compactage de détritus (Waste Allocation Load Lifter Earth-class, WALL-E pour les intimes) et un cafard semblent être les seuls habitants d’un monde désolé.
Comme Hercules face aux Écuries d'Augias, Wall-E est condamné à recommencer éternellement une tâche ingrate qui ne paraît avoir aucun sens. L’arrivée d’une sonde d’exploration (Eve, pour les intimes) va être le début d’une grande aventure aux répercussions épiques. Mais comment en somme nous arrivés là ?
Tout commence par le traditionnel court-métrage introductif : simple, efficace, drôle, classique et mignon. Après une telle mise en bouche, difficile de savoir à quoi s’attendre avec cette fable futuriste dont on a abondamment parlé sans en voir beaucoup.
Noyé sous la pression du marketing, cela fait plus de six mois que le petit robot squatte tous les supports de communication. Même si cette méthode n’est pas étrangère à Disney (qui a racheté récemment Pixar, il n’y a pas de fumée sans feu), on peut en regretter le résultat. L’attente avait transformé une boite de conserve en messie cinématographique.
La métaphore religieuse n’est pas innocente. Comment appréhender une machine anthropomorphe qui vit dans la nostalgie de la société qui l’a créé avant de l’abandonner ? Comment comprendre son sacrifice qui dépasse la notion de programmation algorithmique ? Comment accepter un futur dans lequel notre humanité ne se reflète plus dans nos semblables, mais dans des carcasses métalliques ?
Sans en ruiner le développement, on peut aisément attester de la portée moraliste du récit. L’Homme, incapable de toute action après s’être entièrement reposé sur la technologie, continue pourtant d’être une menace pour son environnement. Mais dans ce futur lointain, il n’est plus qu’une marionnette pour des robots devenus sa conscience.
Le choix, étrange, d’introduire des personnes en chair et en os par l’artifice des archives vidéo casse l’harmonie visuelle et ne parait être qu’un subterfuge pour nous mettre devant une réalité tangible. Face aux " vrais " Hommes qui ont condamné la Terre, les êtres de synthèse symbolisent l’idéalisme du renouveau. Incompréhensible pour les petits, ce parti pris induit une condescendance factice qui ne sert pas le message.
Ce film post-catastrophe développe des thématiques fortes. Peut-être trop fortes. Car l’espoir qui sera distillé à un public familial venu avant tout pour s’amuser est à double tranchant. Le salut de l’humanité tient à peu de chose…
Reste une première partie à la beauté dépressive, empruntant au cinéma muet sa poésie des gestes. Une histoire de solitude et d’union impossible qui dépasse le propos du film et qui, paradoxalement, n’en a que plus de sens.
Long-métrage d’animation complexe, Wall-E ne laissera personne indifférent. Le divertissement est là, même s’il semble souvent être secondaire. On sera partagé entre l’impression d’une œuvre trop grave et trop légère à la fois. Les parents peuvent se rassurer, leur progéniture en gardera de bons souvenirs. Un double discours qui est la marque de fabrique de Pixar.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 04/08/2008