Scénario convenu, réalisation m’as-tu-vu, acteurs qui cabotinent... Pas grand-chose à sauver dans le dernier film d’Oliver Stone.
Jake Moore (Shia LaBeouf) est un génie précoce de Wall Street qui travaille pour Keller Zabel Investments, une banque d’investissement dont le fondateur est aussi le mentor du jeune trader.
Jake tente de faire financer une start-up prometteuse dans les énergies vertes. Mais ce projet idyllique prend fin lorsque démarre la crise des sub-primes. Embarassée d’avoirs toxiques, Keller Zabel Investments est l’une des premières à plonger, d’autant qu’un autre homme d’affaire, Bretton James (Josh Brolin), propage des rumeurs meurtrières sur la banque pour assouvir une vengeance personnelle. Keller Zabel se suicide.
Au même moment, Gordon Gekko (Michael Douglas) achève de purger sa peine de prison consécutive aux événements de Wall Street (Oliver Stone, 1987). Jake fait sa connaissance car il est fiancé avec Winnie (Carey Mulligan), la fille de Gecko, qui refuse de revoir son père. Les deux hommes concluent un marché : Jake aide Gecko à se réconcilier avec sa fille en échange de quoi l’ancien escroc aide le jeune homme à venger la mort de Keller Zabel.
Ce qui frappe en premier dans Wall Street : l’argent ne dort jamais, c’est l’étalage d’effets déployés par le réalisateur. De l’un des tout premiers plans du film, où un complexe mouvement d’appareil hélicoïdal détaille les façades des buildings de Manhattan, aux couchers de soleil sur la skyline new-yorkaise filmés en accéléré, on a l’impression qu’Oliver Stone n’est jamais rassasié de gadgets spectaculaires, de maniérisme, d’esbrouffe.
Le tout parfaitement inutile, souvent insupportable (les conversations téléphoniques en split-screen qui semblent avoir été montées par un cocaïnomane en plein trip), soulignant lourdement les points-clef du scénario. L’ensemble dégage une impression de clinquant, de vulgaire.
Parviendrait-on à faire abstraction de cette débauche d’effets qu’on n’aurait malheureusement pas grand-chose à se mettre sous la dent. L’histoire, peu palpitante, s’étire sur plus de deux longues heures sans jamais capturer l’attention.
Stone tente dès le début d’instaurer une tension en multipliant les signes annonciateurs de la crise financière, mais en vain : le spectateur, à moins d’avoir passé ces dernières années dans une grotte, sait que le système va bientôt s’effondrer, et il ne peut que regarder, légèrement ennuyé, les personnages ouvrir de grands yeux étonnés quand les cours de la bourse dégringolent. Le cœur de l’intrigue, qui voit Jake se faire embaucher par Bretton James pour mieux préparer sa vengeance, est tout aussi insipide : le jeune trader se frotte aux grands méchants loups de la finance sans jamais perdre son innocence et sa foi dans les énergies renouvelables.
N’est pas Lorenzaccio qui veut. Le climax de l’affrontement entre les deux hommes est matérialisé par... une course de moto (vraisemblablement sponsorisée par Ducatti). Il n’y avait pas moyen de faire moins subtil comme métaphore de l’antagonisme entre les deux mâles, à part peut-être un concours de longueur de quéquettes.
Enfin, la performance des acteurs est à la hauteur de ce naufrage. Abstraction faite de Carey Mulligan, qui n’est pas dénuée d’une certaine grâce, on ne peut être qu’agacé par le jeu sans surprise et sans finesse des personnages principaux. Josh Brolin est un méchant... très méchant. Sourire carnassier, machoire carrée, regard sombre, rien ne nous est épargné.
Michael Douglas cabotine (la scène où il présente son livre devant un parterre d’étudiants est particulièrement affligeante), et l’on est presque peiné de voir les efforts qu’il fait pour donner un peu de profondeur à des dialogues creux et qui ne reculent devant aucun cliché (de manière symptomatique, sa meilleure réplique, « Vous cessez de dire des mensonges sur moi, et je cesserai de dire la vérité sur vous », n’est pas due aux scénaristes mais a été empruntée à un politicien américain).
La palme revient cependant à Shia LaBeouf, insipide et particulièrement agaçant dans son rôle monolithique de gentil trader apôtre des énergies renouvelables. Lors de l’une des dernières scènes du film, où une forte tension sentimentale est censée s’installer entre lui et sa fiancée, il jette de tels regards d’épagneul breton vers Carey Mulligan qu’on se demande si elle va l’embrasser ou bien lui tapoter la tête en déclarant « C’est un bon chien-chien à sa maman, ça... ».
On sort de la salle de cinéma en ayant le sentiment d’être l’un de ces petits épargnants qui ont confié leurs économie à Madoff : on se dit qu’on a fait un bien mauvais choix…
Jean Francois Seignol
© Etat-critique.com - 19/10/2010