Judd Apatow, nouveau pape de l’humour américain, se moque des biopic prestigieux. Idiot et salutaire.
Il n’y a qu’un seul nom à retenir en ce moment à Hollywood : Judd Apatow. Depuis 40 ans toujours puceau, il est devenu la référence en matière de comédie en Amérique.
Habilement ce scénariste réalisateur producteur mélange bons sentiments, existentialisme propret et grosses blagues salaces, dignes d’une soirée arrosée entre potes. En gros, Apatow connaît tout du jeune américain moyen.
C’est sa came, sa passion et sa richesse. Son cinéma est régressif et souvent hilarant car, l’air de rien, pointe une douce impression de subversion.
L’enjeu de Walk hard est très simple : se moquer de la mode des biopic, ces jolis films ripolinés où une star prouve qu’elle mérite un Oscar car elle interprète un illustre musicien, son épopée, ses démons et sa Rédemption.
Dewey Cox est donc un ersatz imaginaire de Ray Charles et Johnny Cash pour citer les deux films plus cités dans cette parodie. Comme eux, il a un traumatisme lié à sa famille et son enfance. Comme eux, il va connaître une ascension fulgurante.
Il touchera à la drogue. Il se laissera aller à une mégalomanie destructrice. Il glissera sur des filles faciles. Mais l’amour le sauvera plus d’une fois. Avec l’aide du cinéaste Jake Kasdan, l’humour de Apatow démonte tous les tics de ce genre si prisé, même en France.
Cela fait franchement du bien car le film dénonce l’approche légèrement cul béni de ces relectures historiques et musicales. Pour cela, apatow a l’excellente idée d’embaucher John C.Reilly pour jouer le héros.
Depuis Boogie Nights, ce second couteau à la tronche patibulaire a fait preuve d’un sens de l’humour incroyable, surtout lorsqu’il est en duo avec Will Ferrell (Ricky Bobby et Frangins malgré eux). Tout seul, il se débrouille comme un chef, et continue à surprendre avec son énergie comique, sorte de caoutchouc vivant et faussement vulgaire.
C’est presque étonnant de voir le film sortir directement en dvd. Certes c’est un humour un peu radical mais en matière de comédie, en France, on a encore beaucoup de choses à apprendre et surtout à voir !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 16/01/2009