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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Waitress

Waitress

Adrienne SHELLY

Avec Keri Russell, Nathan Fillion, Cheryl Hines et Jeremy Sisto 20th century fox – 5 septembre 2007 – 1h28

Et ta critique ?




Tartes en tous genres (y compris des torgnoles) amour de la cuisine et mariage sans amour sont au menu d’un film US indépendant, entre vanille et banane.


Waitress est une comédie américaine indépendante sortie en 2007 et qui développe un amour des tartes salées et sucrées, de toutes sortes, comparable à celui que l’on retrouvera dans la série Pushing Daisies.

Jenna est une jeune femme qui travaille dans un " diner ", sorte de restoroute où son seul et unique plaisir est de concevoir des tartes plus savoureuses les unes que les autres. Mariée à un beauf brutal, elle sombre dans l’amertume en apprenant qu’elle est enceinte. Et vit ce moment de sa vie comme un désastre permanent entre les nausées et le fait de grossir.

Heureusement, elle va rencontrer le charmant gynécologue Pomater avec qui elle ne tardera pas à entretenir une liaison sensuelle et romantique.

Personnages attachants interprétés par des acteurs rares (Keri Russel, Nathan Fillon) ce film navigue entre le désespoir de rater sa vie et la joie des plaisirs éphémères que l’on peut grappiller et qui donnent sens aux instants ternes. D’ailleurs, le vrai sujet du film est celui-ci : peut-on sortir d’un chemin de traverse ?

Sujet d’autant plus rude que Keri Russel en dehors d’être à la fois charmante et bonne actrice, n’a jamais percé. De même Nathan Fillon, acteur doté de charme mais qu’on voit peu. Tous ces acteurs eux-mêmes sont sur des voies de garage et méritent mieux.

Adrienne Shelly, la réalisatrice, a commencé sa carrière comme actrice dans les premiers films d’Hal Hartley (Trust me, notamment), dont elle récupère ici la thématique de la recherche d’une voie personnelle. Waitress est son second film, laissant présager un avenir radieux.

Malheureusement, Elle a été assassinée fin 2006 et cette mort violente laisse songeur. Comme si la vie était plus cruelle et pessimiste que la fiction.

Quoi qu’il en soit, Waitress est une jolie comédie douce-amère qui donne furieusement envie de s’arrêter dans une pâtisserie et de gouter les spécialités maison.

A la sortie:

Hasard du calendrier, deux films d’amour et de cuisine sortent presque en même temps. Contrairement au Goût de la Vie, ce film a tout pour lui : une réalisation exemplaire, une interprétation impeccable et une histoire touchante et sans fioritures

La renommée de ce film a précédé sa sortie. Malheureusement, sa présence au festival de Sundance n’en est pas la raison principale. Sa jolie réalisatrice (et interprète) a en effet été assassinée peu de temps après le tournage. A l’issue de la projection, l’impression paradoxale d’avoir perdu un grand nom du cinéma nous assaille.

On reconnaît souvent le talent à faire d’un objet brut ou mal dégrossi une œuvre fine et subtile. Ici le matériau vil sur lequel la magie va opérer est un scénario complètement inintéressant et pénible. Il en ressortira sublimé de simplicité.

Prenons une serveuse à la beauté certaine mais énigmatique, paumée dans un état américain trop rural pour être vrai, mariée à un homme violent et dont la seule passion (et le seul exutoire à toute cette misère) est de créer des tartes pour le moins originales.

Ajoutons ensuite une galerie de personnages caricaturaux, contingent comique par excellence, et l’espoir d’une romance idyllique toute droite sortie d’un roman Arlequin. On aurait pu toucher le fond si le ton du film était narratif. Ici l’histoire importe peu par rapport à la façon de la raconter.

Loin des frontières bien tracées du cinéma de genre, Waitress pourrait être défini comme un road movie où l’humain a remplacé la voiture. Le chemin est tout tracé et plus que la destination, c’est la route qu’emprunte inlassablement l’héroïne pour conquérir un ailleurs qui est importante. Même si elle ne fait que tourner en rond.

Le discours sur une maternité complètement désabusée change des stéréotypes et des conventions morales mais n’est finalement pas essentiel. La notion d’héritage supplante le discours pour imposer cette crainte de chacun de savoir ce qu’il pourra transmettre.

Les portraits sont attachants et les situations dépeintes sans maniérisme. On sent un profond humanisme se dégager de chaque scène sans chercher la facilité sentimentaliste à tout prix. La modestie de ces destins qui cherchent juste à survivre en s’accrochant à des bonheurs sans prétentions laisse le cœur léger. La pâte est si croustillante qu’il serait dommage de ne pas succomber à la tentation d’en prendre une part.


Philippe Sendek et Vincent Valat

© Etat-critique.com - 17/09/2009