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Dimanche 05 Février 2012Livre

 Vue sur la mère

Vue sur la mère

Julien ALMENDROS

Le Dilletante - 124 pages

Et ta critique ?




Un premier roman en forme de règlement de compte dans lequel Julien Almendros "épingle dissèque" sa mère comme un entomologiste bien décidé à comprendre une espèce dangereuse.


Comme chacun d’entre nous, Julien Almendros a une mère. Comme la plupart d’entre nous, cette mère a créé un certain nombre de problèmes dans la vie de Julien Almendros. Comme une minorité d’entre nous, Julien Almendros en a fait un livre dans lequel il raconte sa mère, sa mère et lui, sa mère et les autres.

Accaparation, inceste latent, destruction de l’autre, anthropophagie mentale, amoindrissement du père, Julien Almendros a tout vécu après une naissance prémonitoire pendue par le cou au cordon ombilical.

Avec l’humour de la distance prise, ce jeune khâgneux de vingt-quatre ans signe un premier roman plutôt bien contrôlé, sa Lettre au père en quelque sorte, bien qu’il y ait un monde entre l’enfance middle class de cet Avignonnais et les blessures de Kafka.

Pennac a dit : "Toutes les juives ne sont pas mères, mais toutes les mères sont juives." C’est visiblement dans cette lignée qu’Almendros parle de la sienne et, tout comme lui, on étouffe vite. Car la réussite de cette courte autofiction - l’auteur en épilogue, s’excuse auprès de sa génitrice d’avoir un peu maquillé les faits, juste ce qu’il faut pour que le roman prenne le pas sur le journal intime, une conclusion qui dessert un peu son thème, une sorte de plaidoyer à l’envers inutile comme s’il s’agissait de prendre les devants face à l’hydre maternelle et ses capacités à ne pas accepter un procès d’intention jusque-là plutôt jubilatoire - c’est de nous plonger dans ce que nos propres mères ont pu nous apporter comme handicapes, à force d’amour.

A la cent vingt-quatrième page, on referme l’opus en faisant nos propres comptes. Nous ne sommes plus des enfants, voilà certainement une libération qui a coûté bien cher. Mais sommes-nous devenus des adultes ou devons-nous en permanence nous affranchir de l’héritage qu’elles nous ont laissé pour le devenir ?

Pour Julien Almendros, l’histoire semble ne jamais devoir se régler. Dans un délicieux passage où il nous parle de sa fuite estudiantine vers Strasbourg après le bac, il évoque la pensée du suicide, pas le sien propre mais celui de sa mère. Libre et loin d’elle, hors de l’influence alors qu’il désordonne sa vie par de menues récréations (ivresse, vaisselle à l’abandon, gestion bordelique de l’emploi du temps), il en vient à se demander si elle va survivre à l’épreuve ou si elle va finir au bout d’une corde. Puis se rassure en songeant que son petit frère aura pris la relève. Un autre passage, assez magnifique, révèlera un père que l’on découvre une fois l’épouse absente. C’est avec cette découverte, brisée par le retour maternel, que Julien retrouvera un certain équilibre.

Un premier roman donc bien entrepris avec une recherche de style marquée par la maîtrise de la langue du khâgneux, mais aussi avec le sado-masochisme de l’entomologiste qui épingle la guêpe qui vient de le piquer et observe la douleur de l’insecte en même temps qu’il considère le dard resté planté dans son épiderme.


Sébastien Gendron

© Etat-critique.com - 06/11/2008