Pina Bausch sur un air de déjà-vu ?
Seule une énorme pierre posée au milieu de la scène trouble le dépouillement des murs et du sol nus. Des danseurs silencieux et statiques font siffler à répétition des bouteilles ou des bâtons qui cinglent l'air.
Puis la danse claque comme une gifle. L'un des danseurs se lance dans un solo éperdu qui ressemble à la fuite d'un dératé, avant de communiquer son énergie, sa peur (?) à un autre danseur. La musique est répétitive, hypnotique, avec des envolées semblables au bruit assourdissant d'un réacteur.
Ces premières minutes de Vollmond (Pleine lune) sont saisissantes. J'étais sincèrement ému, physiquement estomaqué par cette débauche d'énergie intense et belle.
Puis Pina Bausch calme le jeu. Elle nous passe un bon vieux disque de Tom Waits et l'ambiance s'apaise. Une danseuse passe en disant « Quel pied...quel pied ». L'atmosphère est voluptueuse, détendue et atteint une poésie touchante lorsqu'une douce pluie tombe du ciel.
La joie se fait jour dans une exubérance mélancolique, comme si l'on regrettait la fugacité de la grâce et comme si l'instantanéité du bonheur le gâchait un peu. Du coup, Pina Bausch cherche à prolonger le moment et à instaurer une bonne humeur qui s'affiche un peu trop à mon goût pour ne pas devenir mièvre.
La joie revendiquée est présente également dans la deuxième partie du spectacle. Nazareth Panadero (que l'on avait vue dans Sweet Mambo) fait son show, sans vraiment danser. Elle multiplie les jeux de mots et les phrases comiques qui conquièrent le public.
« L'eau bout à 100 degrés, et le lait... quand tu te retournes »
Pina Bausch alterne ensuite les épisodes sérieux avec la bonne humeur, passant d'un propos plus sombre à une vitalité de Bollywood. La regrettée chorégraphe multiplie les belles images, utilisant le charme frais et joyeux de l'eau jetée à travers la scène dans de grandes gerbes particulièrement esthétiques.
Le spectacle n'est pas désagréable, loin de là, et il y a de très beaux moments, c'est indéniable. C'est d'ailleurs un véritable triomphe, standing ovation à l'appui, qui est réservé aux danseurs à l'issue des deux heures trente du spectacle.
En ce qui me concerne, j'avoue que je me suis un peu ennuyé. Est-ce parce que Vollmond est trop long ou parce qu'il avait pour moi un air de déjà vu ? (Quelques éléments de ce spectacle de 2006 ont été repris dans Bamboo Blues puis dans Sweet Mambo.)
http://www.theatredelaville-paris.com/spectacle-pina-bausch-1er-prog-205
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 21/11/2009