"Le plus jeune auteur de la rentrée littéraire" claironne l’éditeur. Mais sûrement pas le meilleur, malheureusement. Il a quinze ans, on lui pardonnera donc volontiers la faiblesse du texte. Mais l’éditeur, lui, au moment où les tables des librairies sont encombrées de romans ambitieux, aurait pu s’abstenir d’y rajouter du papier.
Le "journal imaginaire" de Boris Bergmann raconte les errances souvent nocturnes d’un adolescent parisien en quête d’identité, de filles et d’ivresse - cesse-t-on jamais d’être un adolescent ? Elevé par sa mère et parvenu à l’âge des premières fois, il va se lancer à la découverte de ses limites avec une violence et un cynisme teintés de nihilisme.
Cela donne pour le lecteur une succession des scènes de soirées, de concerts de rock, de bagarres, de beuverie, puis un peu de sexe, et un crime pour conclure, parce que, n’est-ce pas ? il faut donner dans le tragique, sinon ça ne vaut pas la peine d’être écrit.
Les personnages principaux du récit sont, par ordre d’apparition : les Beatles boots et la bande. Car, il faut le savoir, la bottine est le meilleur ami de l’homme et notre héros un dandy contrarié. Manque de chance, il ne maîtrise pas encore bien la grammaire du dandysme : "Si les gens me dévisagent, je suis très bien habillé." C’est tout l’inverse d’un Brummel.
Quant à la bande, on a un peu de mal à y croire. Elle a l’air d’une construction maladroite, moitié 93 et moitié lycée Montaigne. En fait elle participe probablement de l’entreprise essentielle du roman : choquer le bourgeois. Entreprise vouée à l’échec quand on tire, comme Bergmann, sur des ficelles usées.
L’écriture, elle, reste faible tout au long du livre. Quelques tics agaçants font office de cache-misère classiques : mots en lettres italiques toutes les trois pages, en lettres capitales toutes les autres pages ; répétitions… très répétitives ; phrases anglaises pour donner du rythme. Résultat : c’est vif, mais sans intérêt, l’impression de superficialité qui se dégage du texte en sort renforcée.
Sur le plan psychologique, ça vole au ras des boots, et deux ou trois formules amusantes ne permettent pas à l’ensemble de décoller. Car tout le reste est consternant : "On aime les vacances quand on est en cours. Puis, en vacances, on veut retourner en cours." Quelle révélation ! Quelle découverte ! Quel style !
Halte au feu ! Il ne sert à rien de critiquer davantage un livre qui ne vaut pas un long débat. Espérons seulement qu’un jour Boris Bergmann écrira un bon livre, et rougira de son premier roman, en regrettant a posteriori qu’un éditeur lui ait donné l’occasion d’ennuyer ses premiers lecteurs.
Philippe Muller
© Etat-critique.com - 23/10/2007