Le réalisateur des franchouillardes Galettes de Pont Aven ressuscite le Hollywood des années 70 et révèle sa face sombre. Court et percutant!
Celui qui n'a pas vu Les Galettes de Pont Aven ne connait pas la truculence du cinéma français qui fleure bon les années 70. Joel Seria, le réalisateur de ce petit chef d'oeuvre bien de chez nous, n'a pas eu une carrière exceptionnelle mais il a toujours défendu la trivialité, l'amitié et la vérité au cinéma.
Une sorte de cinéaste doucement anarchiste, amoureux des femmes et des bons mots. Un dialoguiste hors pair qui se plaisait à écrire des histoires plutôt nonchalantes. Quelques personnes dont Benoit Poelvoorde ou Nicolas&Bruno, vouent un culte à ce réalisateur rare et mésestimé.
Quand le cinéma le boude (il a sorti l'année dernière le nostalgique Mumu après 23 ans d'absence), Joel Seria raconte ses histoires sur papier. Venice Beach California est son cinquième roman. Bien entendu, on le reconnait derrière le personnage principal, Jacques Fournier, réalisateur boudé par la France.
Le narrateur déboule à Hollywood avec femme et enfant. L'Amérique est bonne avec lui: il rencontrent des producteurs enthousiastes. Un projet nait rapidement. Il décroche le téléphone pour répondre à Clint Eastwood et Lee Marvin.
Tout lui sourit et il ne voit pas que Lydia, sa femme, attire de curieuses convoitises. Joel Seria n'est pas James Ellroy. La violence d'Hollywood ne lui saute pas au visage. Il se laisse charmer par la sexualité, la vitalité et le rayonnement de la ville et ses stars.
Le narrateur décrit sèchement cette ville où seules apparences comptent. Il y a bien les jolies filles sur rollers, la musique californienne qui s'échappe de son autoradio ou les party où les invités sont prestigieux. Dans ces moments là, il vit. Il rêve. Il espère!
Autrement c'est un implacable récit de la corruption et du pouvoir. Il est question de cinéma mais Joel Seria observe d'abord les illusions et ce qu'elles cachent. Ce n'est pas très joli à voir. Court, le roman ne fait pas dans la nouveauté mais l'écriture est saisissante. Sa vision américaine possède une délicieuse ambiguité que l'on quitte trop vite après 160 pages!
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 04/10/2011