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Dimanche 05 Février 2012Art-scène

 Varian Fry

Varian Fry

Marseille 1940-41

Jusqu’au 9 mars 2008 - Halle Saint Pierre- 2, rue Ronsard -75018 Paris -

Et ta critique ?




Tous étaient artistes. Tous désiraient rejoindre le monde libre. Ils ne le purent pas tous, mais tous croisèrent le chemin de Varian Fry à Marseille entre 1940 et 1941.


À première vue, on pourrait croire à une nouvelle exposition consacrée au surréalisme, n’était son titre, le nom d’un inconnu pour beaucoup d’entre nous. À deuxième vue, on se rend compte que nombre d’œuvres réunies à la Halle Saint Pierre ont été réalisées aux alentours de la Seconde Guerre Mondiale et n’émanent pas toutes du courant initié par André Breton. À troisième vue, on prend conscience que l’exposition qui se clôt par une salle regroupant photographies et documents historiques autour de la figure de Varian Fry, relève non seulement de l’histoire de l’art, mais rend compte d’un moment particulier de celle que l’on écrit avec un grand « H ». Un « h » qui peut aussi bien ouvrir sur les mots « homme » et « humanité », que conduire au terme d’« horreur » ainsi que l’écrit Fry dans ses mémoires :
"C'est une histoire d'horreur. Non pas l'horreur d'une mort brutale sur les champs de bataille, mais l'horreur lente et invisible, qui n'en est pas moins abominable…. "
C’est cette ombre portée qui accompagne un parcours de haute intensité.

Qui était Varian Fry ? En juin 1940, un jeune journaliste américain est dépêché à Marseille par l’Emergency Rescue Committee, un comité qui souhaite porter secours à un ensemble de personnalités. À son arrivée, Fry a en main une liste de deux cents noms. Très vite il estimera cette liste restrictive, et étendra son action au-delà. De l’été 40 à l’automne 41, il mettra en place une organisation qui s’occupera de 4 000 personnes, et organisera pour une partie d’entre elles le chemin de l’exil. Varian Fry a ainsi sauvé des milliers de juifs et de militants anti-nazis fuyant la peste brune. Parmi eux, nombre d’intellectuels et d’artistes : ceux-là mêmes dont on retrouve aujourd’hui les œuvres réunies.

Les oeuvres ainsi rassemblées sont les témoins muets de ces temps d’attente et d’incertitude. Durant cette période de latence, les artistes continuent de créer. L’exposition présente les travaux d’une vingtaine de ces candidats à l’exil. Entre peintures – Max Ernst, Marc Chagall-, sculptures – Jacques Lipchitz - et deux « boites en valises et leur quatre-vingts reproductions en fac-similé » dont un « coin de chasteté » -Marcel Duchamp-, elle fait la part belle au dessin. On découvre, ou redécouvre, la luxuriance d’André Masson, la vitalité de Roberto  Matta, le classicisme de Ferdinand Springer, la ligne claire de Wilfredo Lam. Mêlant d’autres médiums et techniques, on retrouve les personnages d’inquiétante étrangeté élaborés par Victor Brauner, et tout près de celui-ci, un bel ensemble d’un des maîtres de la ligne, Hans Bellmer.

Et pour tromper ces jours d’angoisse, on joue à la villa Air-Bel à Marseille, où certains surréalistes se sont rassemblés autour d’André Breton. On joue en dessinant comme le montrent des dessins collectifs, et en dessinant des jeux, ainsi du fameux « jeu de Marseille », un jeu de tarot surréellement revisité. Entre ombre et lumière, les murs s’éclairent alors d’éclat de vies.


Stéphanie Buttay

© Etat-critique.com - 30/09/2007