Les New-Yorkais de Vampire Weekend sont un peu les gendres idéaux de la critique actuelle avec leur pop ouvragée et leur look propret d’anciens étudiants de la Columbia University...
(Qui a dit que les critiques aiment Elvis Costello parce qu’ils ressemblent à Elvis Costello ? Réponse : David Lee Roth, le chanteur de Van Halen)
D’autant que leur album avait été précédé l’année dernière d’un buzz conséquent sur la blogosphère, comparable à celui qui avait accompagné les premiers pas des Strokes, autres fils de bonne famille de la côte Est.
Une fois tout ce bruit parasite évacué, penchons-nous sur ce qui nous intéresse, à savoir leur musique. Il est vrai qu’elle est dans l’air du temps avec ses réminiscences des années 80. Leurs influences les plus citées sont Talking Heads (batterie et percussions très en avant, chant haut perché et distancé) et le Paul Simon de Graceland, grâce notamment au jeu de guitare du leader Ezra Koenig empruntant beaucoup aux motifs caractéristiques de la pop africaine, qu’on entend partout dans les rues de Soweto à Dakar (voir le titre "Cape Cod Kwassa Kwassa").
Mais le jeu des citations ne s’arrête pas là, tant nos Vampires de fin de semaine se sont amusés à les empiler et à les confronter, à tel point que l’écoute de l’album s’apparente à un vrai quizz sur l’histoire de la pop. Témoin la chanson "A-Punk" où une rythmique à la Buzzcocks laisse la place à un pont planant de mellotron rappelant le Genesis de Foxtrot (d’ailleurs Koenig chante un peu comme Peter Gabriel); ou "M79" avec son joyeux thème de clavecin et de cordes qui glisse sur un beat afro-new wave, et qui fait penser à… Rondo Veneziano.
Sur les six premiers titres, l’alchimie fonctionne à merveille, et l’on passe de surprise en surprise avec les petits bijoux de pop insouciante que sont, outre les pré-cités, "Oxford Coma" et sa mélodie eighties ou "Campus", évocation d’amours estudiantines sous les murs couverts de lierre des universités américaines.
Et puis, il faut bien le dire, l’album retombe un peu, les morceaux , de brillants, deviennent un peu scolaires ("One", trop consciencieuse imitation des Talking Heads) ou versent dans une indie pop plus académiques rappelant Sufjan Stevens ou Arcade Fire, avant de se reprendre sur la fin.
Finalement, on en revient à l’essence même de la pop, qui serait l’art d’écrire des chansons accrocheuses et bien habillées. Lorsqu’ils remplissent ces deux conditions, les morceaux des Vampire Weekend tutoient les sommets déjà foulés par les Zombies, autre groupe aux mélodies précieuses et au nom un peu débile inspiré des films d’horreur.
Un début prometteur si ce vampire arrive à supporter l’exposition aux médias…
Nicolas Lejeune
© Etat-critique.com - 05/04/2008