En 2001, on découvrait à nouveau que Rivette a de l'humour!
Si Jacques Rivette bénéficie d'une telle notoriété dans l'univers cinématographique, ça n'est certes pas en qualité d'amuseur. De L’Amour Fou à La Belle Noiseuse, son oeuvre est marquée du sceau de l'austérité, voire d'un hermétisme qui a contribué à en faire un représentant de la ligne dure de la Nouvelle Vague du cinéma français.
Et pourtant, avec Va Savoir, c'est bien une comédie qu'il nous sert, intelligente et jubilatoire nourrie de personnages forts et de situations atypiques.
Difficile de résumer l'intrigue d'un film dont le metteur en scène avoue lui-même inventer l'histoire au fur et à mesure du tournage, épaulé, il est vrai, par un scénariste de la qualité de Pascal Bonitzer.
On dira simplement qu'il s'agit d'un chassé-croisé sentimental ayant le théâtre pour toile de fond. Pourtant, ça n'est pas tant l'histoire ou le cadre qui importent que les personnages qui sont mis en scène : la grande réussite de Va Savoir réside tout entière dans l'extrême humanité de ses acteurs.
En effet, interprété par Jeanne Balibar (époustouflante actrice lunaire à la personnalité si forte et si attachante), Jacques Bonnafé (acteur sensible trop rare au cinéma), Hélène de Fougerolles (tellement charmeuse dans un rôle de vraie-fausse ingénue) et Sergio Castellito (acteur italien subtil et touchant), Va Savoir nous entraîne à des années lumières des histoires d'amours calibrées des stars hollywoodiennes.
C'est donc une immense bouffée d'air frais que de retrouver des acteurs humains, pas des top models siliconés, confrontés à des situations à la fois banales et compliquées, habités de doutes et d'incertitudes, dans le cadre d'une comédie tendre et sensible mais jamais mièvre.
Il n'y a pas ici de personnage "tout d'une pièce", bon ou mauvais. Tous sont, tour à tour, forts et fragiles, victimes et bourreaux, fidèles et volages... Et ces états d'âme nous valent quelques scènes irrésistibles : le repas qui vire à l'aigre, les huis clos de la bibliothèque ou le très drôle duel à la vodka dans les cintres du théâtre.
Ne laissez pas passer ces 2h30 de pur plaisir : entrez dans la ronde sentimentale de Camille, Ugo, Pierre, Sonia, Dominique et les autres !
Joel Fomperie
© Etat-critique.com - 04/11/2011