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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Une journée en enfer

Une journée en enfer

John MCTIERNAN

Avec Bruce Willis, Samuel L.Jackson, Jeremy Irons et Graham Greene 20th century fox – 1995 – 2h08

Et ta critique ?




Rien ne va plus pour John McLane ! Sa femme s’est barrée. Ses penchants pour l’alcool remontent à la surface et une bande de terroristes fait joujou avec lui en plein New York. L’histoire est classique et spectaculaire mais aux commandes, John McTiernan rappelle son immense talent.


Car John McTiernan n’est plus trop aimé par les studios américains. Après le succès d’A la poursuite de l’Octobre Rouge, le réalisateur a connu plusieurs revers avec Medecine man et le mal aimé Last action hero. Même avec des défauts évidents, ces films ont cependant confirmé l’obsession thématique du réalisateur, de plus en plus proches de cinéastes kamikazes comme Aldrich ou Walsh.

Une journée en enfer est un film kamikaze qui sacrifie tout à la cause de l’action. Pas de longue plage d’exposition pour introduire les personnages. Le film débute sur un attentat et notre pauvre looser de John McLane est projeté dans l’intrigue par le méchant de service, qui lui fait subir d’incroyables épreuves.

Après l’écart héroïque de McLane dans 58 minutes pour vivre, le flic new yorkais redevient ici un type ordinaire, rongé par ses ennuis. Obsédé par la surenchère, McTiernan pour opposer la normalité apparente de son héros à l’énormité de l’intrigue, impose un sidekick tout aussi « moyen » que McLane mais capable lui aussi de devenir un très violent redresseur de tort. D’ailleurs son prénom ne trompe pas sur sa nature cachée : Zeus. McTiernan aime dépasser la banalité de la manière la plus grandiose.

McTiernan continue donc de pousser les limites du genre. Avec moins de maladresse que dans Last action hero, il creuse cette idée du Bigger than life. Il observe comment un milieu connu, encadré (New York) peut devenir un terrain de jeu pour méchants mégalomaniaques et héros fantasmés. Depuis son premier film, McTiernan s’intéresse sur l’introduction du surnaturel, du gigantisme et du paradoxe dans le quotidien.  Ici, à la manière d’un documentaire, il suit cette transformation avec une précision qui scotche le spectateur pendant deux heures.

D’autant que son héros ne maîtrise rien. Il fait parti intégrant du plan mis au point par le machiavélique Simon Gruber (Jeremy Irons), le petit frère du badguy de Piège de cristal. McTiernan continue de démunir la figure héroïque de ses classiques qualités. C’est un alcoolo pas content qu’on l’arrache à sa cuite. Difficile de s’identifier à cette barrique mal léchée de McLane. Pendant une grosse partie du film, le héros et son camarade sont des pions et des spectateurs à l’intrigue du film.

Etonnante, cette idée peut se lire comme un clin d’œil au métier de scénariste. Il prouve que le film ne se limite pas à sa simple notion de produit commercial (qui cassera la baraque puisque le film sera le film le plus rentable de l’année 1995).

En revenant aux affaires, McTiernan replace sa logique atypique et discrète au cœur de la fiction. Mais sa radicalité ne plaît pas aux producteurs de cette nouvelle suite. Dans la version originale (que l’on découvre dans les bonus en dvd), McLane ne parvient pas à stopper Gruber et son cambriolage massif de la fortune américaine. Soupçonné d’être dans le coup par la police, il le retrouve donc dans un bar en Allemagne et l’abat.

Evidemment cela n’a pas beaucoup plu et il a fallu retourner une autre fin, finalement très faible par apport au reste du film. Cela ne gâche rien au spectacle. Une journée en enfer transcende le film d’action et tous les stéréotypes qui en font un genre douteux.

D’ailleurs Hollywood ne pardonnera pas à McTiernan de s’amuser avec son produit d’appel. Après ce succès, le cinéaste va débuter un chemin de croix très douloureux.  John McTiernan va alors connaître l’enfer…


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 21/07/2007