RSS - Les dernières actualités RSS - Les dernières news Réalisé par Agence Web Conseil - Little Big Studio RETOUR A L'ACCUEIL - QUI SOMMES NOUS - RECRUTEMENT - CONTACT

Vendredi 10 Septembre 2010Cinéma

 Une exécution ordinaire

Une exécution ordinaire

Marc DUGAIN

Avec Marina Hands, André Dussolier, Edouard Baer et Denis Podalydes - StudioCanal - 3 février 2010 - 1 h 45

Et ta critique ?




Un film intéressant sur les derniers jours du stalinisme, mais qui est plombé par un excès de zèle dans la reconstitution historique.


Staline va bientôt mourir. En 1952, sombrant dans une folie paranoïaque, il s'est débarrassé de ses docteurs. Souffrant, il fait venir auprès de lui Anna, une jeune médecin réputée pour ses talents de magnétiseuse.

La jeune femme va se retrouver à la merci des caprices du vieux dictateur : obligée de quitter son mari pour le protéger, elle voit tous ses proches se faire emprisonner tandis que, dans l'hôpital où elle travaille, la jalousie de ses collègues s'amplifie. Le film est l'adaptation, par l'auteur lui-même, de la première partie du roman du même nom.

Si les décors et les éclairages rendent de façon convaincante l'atmosphère étouffante d'un régime dictatorial jusqu'à l'absurde, on est par contre surpris par les soubresauts imposés à l'image.

La caméra, tenue d'une main hésitante par un cameraman parkinsonien, se colle au plus près des acteurs puis s'en éloigne pour quelque contre-plongée saugrenue.

Ce choix curieux est peut-être justifié par le désir de donner un caractère réaliste au film ; hélas, la seule réalité qui s'impose au spectateur est celle de l'imminence d'un mal de mer.

Le film est heureusement sauvé par le jeu des trois acteurs principaux. La performance de Dussolier dans le rôle de Staline est la plus frappante de prime abord, mais elle ne doit pas faire oublier celle, plus nuancée et délicate, de Marina Hands qui incarne Anna.

Avec beaucoup de sobriété, elle alterne les phases de désespoir et de volonté sans perdre en intensité. Edouard Baer, bien que moins présent à l'écran, est lui aussi intéressant dans un rôle plein de retenue.

Une exécution ordinaire est avant tout la peinture de la fin de la dictature stalinienne, et c'est en cela qu'il est à la fois réussi et qu'il pose problème. La réussite tient à l'évocation de l'atmosphère de délation permanente, de peur gluante, de chéfaillons écoeurants de lâcheté et de servilité, d'horizon bouché qu'on associe au règne de Staline.

Les longues heures d'attente dans les antichambres du Kremlin, les hommes taciturnes sanglés dans des impers sombres qui stationnent au pied des immeubles, les rapports rédigés sur les collègues ou les voisins... sont autant d'éléments que le film réussit à rendre palpables.

Mais on a parfois l'impression que Marc Dugain pêche par excès de zèle : l'avalanche de calamités qui s'abattent sans discontinuer sur la tête de la pauvre Anna, commentées avec un sadisme presque gourmand par un Staline complètement déconnecté du réel, les multiples vexations qu'elle endure stoïquement, comme cette interdiction d'aller aux toilettes qui s'étend sur plusieurs heures (un comble pour une urologue !)...

Tout cela produit un tel effet d'accumulations qu'on en vient presque à trouver un aspect comique au film, encore renforcé par l'absence de révolte de la part de la pauvre héroïne : apprend-elle de la bouche du petit père des peuples que son mari vient d'être torturé sans aucune raison à la Loubianka ? C'est tout juste si elle s'autorise un petit rictus, avant de reprendre ses passes de magnétiseuses.

L'énormité des situations décrites et la passivité de victimes conditionnées par quarante ans de dictature du prolétariat sont certainement conformes à la vérité historique ; il n'empêche que le film, en voulant être au plus près du réel, manque parfois de réalisme.

 

 


Jean-François Seignol

© Etat-critique.com - 18/02/2010