Le dernier ouvrage d’Amélie Nothomb vient de sortir, comme chaque année à la même époque. Pour paraphraser un slogan de boisson, « ça n’a pas la couleur, ça n’a pas la saveur, mais c’est de l’Amélie Nothomb ».
Tout d’abord, contrairement à se précédents livres, le titre est presque limpide : « Une forme de vie », cela n’a rien à voir avec « Les Catilinaires » ou « Robert des noms propres ».
Surtout, d’habitude, (hé oui, le rendez-vous annuel avec l’auteur belge prolifique est presque devenu une habitude !) , ça ne se passe pas comme ça chez Melle Nothomb. On a un récit, construit ou pas, un style décalé, parfois loufoque ou lunaire, quelques mots savants glissés par-ci-par-là. Ici, rien de tout ça ou presque. On tombe bien sur un ou deux mots étranges, mais c’est comme s’ils étaient arrivés là par hasard.
Surtout, cette fois-ci, c’est à un échange épistolaire qu’Amélie nous convie. C’est vrai, contrairement à bien d’autres, la jeune femme a la réputation de répondre à ses correspondants. Il suffit également de la voir au Salon du Livre pour constater combien ses lecteurs ont besoin de la voir, de lui parler, d’échanger avec elle. Ils sont nombreux à faire la queue plus d’une heure pour un sourire ou un petit mot.
Il paraît qu’elle a des tas de manuscrits dans ses tiroirs. Au premier abord, un mauvais esprit pourrait dire qu’elle a sorti celui-ci à défaut d'un autre. Parce qu’après tout, pourquoi une correspondance, plutôt qu’un terroriste, un japonais amoureux, un couple isolé ?
Mais pourquoi pas ? Ici, tout est différent des ouvrages « nothombiens » habituels : point de nom extravagant, d’une autre époque. Ici, le lieu, l’espace temps, sont précis, tout comme l’âge. L’auteur reçoit un jour une lettre d’un soldat américain perdu dans la guerre d’Irak mais qui a lu tous ses livres. Peu à peu, les échanges s’installent, il lui avoue son obésité (ah, le poids et la faim chez l’écrivain, rien de plus récurrent !) et leurs rapports évoluent peu à peu.
Cet ouvrage pourrait être une parabole sur la faim et la folie, sur l’isolement dans le monde moderne alors qu’Internet devrait être une porte ouverte sur le monde. Surtout, il est un clin d’œil, une sorte d’hommage à ceux qui sont passés dans sa vie épistolaire, une façon de les remercier, sans doute.
Seul petit regret : le style littéraire est un peu plus délayé, avec moins de trouvailles que d’habitude. Mais c’est aussi ça, l'œuvre qu’Amélie construit depuis des années : des hauts et des bas, des livres bons et d’autres moins, comme tout grand auteur.
Marie Léon
© Etat-critique.com - 21/09/2010