Tout
commence à Los Angeles, 24 février 1964 : "Notez bien l’heure : 7h16 du
matin, au sud de Los Angeles, à l’angle de la 84e Rue et de Budlong
Avenue."
La partie résidentielle du quartier
noir. Des baraques merdiques avec
des cours en terre battue. Un fourgon blindé de la Wells Fargo est
attaqué. C’est sec, court, ça claque, le grand James Ellroy aux
manettes du roman noir.
Les convoyeurs sont butés, tout comme trois des
braqueurs, et le quatrième se barre avec le butin : seize sacs de
billets et quatorze mallettes remplies d'émeraudes. Affaire jamais
résolue.
Saut dans le temps, PREMIÈRE PARTIE, "Bordel organisé : 24 juin -
11
septembre 1968", l’Histoire de l’Amérique vue par le petit bout de la
lorgnette, l’Histoire de l’Amérique comme vous ne l’avez jamais lue, le
grand James Ellroy de retour aux affaires avec la conclusion
magistrale sa trilogie entamée avec American tabloïd et qui est la
suite directe de American death trip.
Impossible de résumer ça en si
peu de place, la lecture est trop dense. Car ce qui frappe, c’est la
masse d’informations qui vous arrive de plein fouet. Ellroy plante le
décor et ses personnages principaux en moins de 50 pages - prouesse
technique terrible - et vous pensez que tout va se calmer… Non, non,
non !
Il vous faut tout lire avec attention, impossible de faire
l’impasse sur une phrase, c’est un coup à manquer un élément majeur.
Car Ellroy demande beaucoup à son lecteur (et il le lui rend bien vu la
qualité du livre), ça change des best-seller prédigérés.
Vous allez donc plonger dans les méandres de la politique
américaine
entre 1968 et 1972, vous allez entrer chez Richard Nixon et John Edgard
Hoover (on en parle, mais lui les fait parler !), rencontrer des flics
corrompus, des agents doubles, triples, des infiltrés, des privés, des
mercenaires, continuer de découvrir la face beaucoup moins reluisante
de Howard Hugues et le tout avec une densité, une complexité qui
forcent l’admiration : comment Ellroy en est-il venu à bout ? Comment
a-t-il réussi à tout relier ? A ne pas se perdre dans ce labyrinthe ?
Et pour finir, comme annoncé en introduction, le retour au noir,
SIXIEME PARTIE, "Camarade Joan, 26 mars - 11 mai 1972", dont les quinze
premières pages sont folles d’intensité : un panoramique à 360° sur
tout le livre, qui arrive après 750 pages, qui vous emmène encore plus
loin, plus fort, vous ramenant aussi des années en arrière, avec le
choc initial face au phénomène Ellroy. Stupéfiant.
Remballez les limites auxquelles vous aviez pu penser en terme de
révolution du roman noir, avec ce pavé cauchemardesque de près de 850
pages, James Ellroy, une fois de plus, dynamite le genre.
Dans un
maelström furieux, il conclue magistralement sa trilogie Underworlden continuant d’explorer l’Amérique secrète en 131 chapitres alternant
narration, écoutes téléphoniques, rapports… Alors, un seul conseil, prenez deux jours de repos, isolez-vous,
débranchez le téléphone coupez la sonnette et plongez !
Christophe Dupuis
© Etat-critique.com - 22/05/2010