Le dernier Disney traite de la condition des animaux de laboratoire, du sacrifice de soi, d’eugénisme et du malaise de l’adolescence. Mais il est surtout question d’un chien qui parle et qui vole dans les airs.
Le canidé est considéré, à juste titre, comme le meilleur ami de l’homme. Jusqu’à ce qu’un crétin ne s’en serve comme hachoir à viande humaine après l’avoir soigneusement éduqué à cet effet.
Le chien dont il est question aujourd’hui, est, à l’instar de Snoopy et de Gromit (le compagnon de Wallace), un Beagle au port altier, au pelage soyeux, aux longues oreilles tombantes et au regard triste.
Il ne lui manquerait que la parole comme dirait l’autre. Justement, à la suite d’une rencontre fortuite avec un savant fou dont le machiavélisme est inversement proportionnel à sa carrure, notre compagnon à quatre pattes va se voir doté d’une force surhumaine, de la faculté de voler et de celle de communiquer avec son congénère bipède.
Fuyant le laboratoire où sévit la personne verticalement contrariée portant une blouse blanche, il trouvera refuge dans une famille d’adoption un peu paumée où un père veuf (il faudrait vraiment faire une thèse sur le matricide dans les œuvres de Disney) tente tant bien que mal de composer avec son adolescent de fils en pleine crise existentialiste.
Entre la découverte des pouvoirs, la notion de responsabilité qui incombe aux super-héros de tous poils et le showdown de rigueur, les thématiques propres aux comics américains sont bien traitées, tant dans l’image d’Épinal (enfin de Stan Lee) que dans son détournement. On passera cependant rapidement sur l’origine du protagoniste canin (un dessin animé des années 1960 dont personne ne se souvient vraiment), rappelée en introduction et trop superficielle pour être utile. On se justifie comme on peut.
Les petits se délecteront de la vue de cet animal si mignon (avec la voix de Jason Lee en VO, impeccable) sauvant la veuve et l’orphelin. Les plus grands y trouveront, en plus d’un second degré salvateur mais discret, quelques références expédiées malheureusement un peu trop vite. En bonus pour les connaisseurs, Patrick Warburton livre une belle prestation, fidèle à son personnage de Kronk dans Kuzco.
Mais il ne faut pas aller chercher plus loin des qualités qui n’existent pas. Le discours est lénifiant au possible et la réalisation minimale, avec des manques de cohérence évidents qui ne choqueront pas le grand public mais qui sont dommageables. Un chien en pull qui traverse l’atmosphère. Soit. Le chien est indemne. Passe encore, après tout, il est un peu spécial. Mais un pull qui reste intact, on a du mal à y croire. Un super-pull lavé avec du super-Woolite, on croit rêver.
Difficile de savoir si ce récit remportera l’adhésion de spectateurs qui sont parfois étrangers à la culture des super-héros (bien que le succès des Indestructibles tendrait à prouver le contraire), surtout avec un ton très enfantin et la morale de l’ascension fulgurante de cet Underdog (littéralement " laissé pour compte ") qui confine à la banalité. Mais il est vrai que le chien est trop mignon.
Vincent Valat
© Etat-critique.com - 30/04/2008