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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Un singe en hiver

Un singe en hiver

Antoine BLONDIN

Folio 212 pages

Les commentaires

Philippe Muller

Le 29/06/2009

Merci pour cette relecture, et cette critique à laquelle je ne peux qu'ajouter une couche laudative ! La lecture d’Un Singe en hiver, au bord de la mer, l’été dernier, presque à l’automne, m’avait charmé au-delà de mes attentes. J’avais revu peu de temps auparavant l’adaptation cinématographique bien connue, je l’avais aimée plus que dans le souvenir que j’en conservais, de multiples diffusions télévisées. J’en avais sûrement mieux goûté le désespoir subtil.
Bref, je ne résiste pas au plaisir de citer ici un autre Blondin, le portraitiste cruel de ses contempoirains, qui nous donnait ainsi ce portrait du couple Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir : « Une sorte de crapaud replet enfoui dans le tweed et une amazone myope troussaient des concepts en toute simplicité, à deux pas du croquant, comme on fabrique des gaufres. Jamais la métaphysique ne parut plus prochaine ». Merci Antoine, c'est drôle et méchant, on dirait du Léautaud !

Et ta critique ?




Comment évoquer Antoine Blondin sans penser immédiatement au Singe en Hiver, son roman emblématique ?




Formidable personnage, formidable styliste, Antoine Blondin est un écrivain rare en ce siècle de convention. Tout au long d'une carrière plus consacrée à un journalisme rémunérateur et à un alcoolisme salvateur/destructeur qu'à la construction d'une oeuvre littéraire, l'Antoine a distillé (désolé...) au compte goutte une poignée de diamants qu'il faut découvrir d'urgence. l'Europe Buissonnière, les Enfants du Bon Dieu ou Monsieur Jadis ne sont pas les moindres de ceux-là.

Avec Un Singe en Hiver, comme avec ses autres romans (et articles ciselés pour le journal l'Equipe au long des routes du Tour de France), Antoine Blondin nous offre un feu d'artifice de trouvailles de style, de vocabulaire et de syntaxe. Un peu à la manière d'un Jean Echenoz aujourd'hui, Antoine Blondin ne se contente jamais de formules ou d'expressions toutes faites. Pas de lieux communs avec lui. Une rangée de crochets devient "un taillis de portemanteaux, baptisés perroquets, qui mélange des ramures piteuses". Et l'intervention des gendarmes nous vaut ce genre de description : "Les gendarmes se pointèrent enfin, très embêtés comme ils le sont toujours lorsqu'ils n'ont pas eu l'initiative des opérations et qu'il leur faut trancher entre des assertions délibérément contradictoires".

Né à Paris en 1922, Antoine Blondin fait ses études au Lycée Louis Le Grand, est licencié ès lettres et obtient un 2e accessit au concours général de philosophie. Mais au delà de ce parcours, sa vraie nature est celle d'un nonchalant, d'un dilettante surdoué pour qui l'existence ne doit être qu'amitié et plaisirs partagés. Tout au long de sa vie, ce penchant marqué pour la "vraie" vie l'entraîne inexorablement vers une compagne exigeante et insatiable : la dive bouteille...

Pour toutes ces raisons, Un Singe en Hiver est un roman poignant et prenant comme rarement il nous est donné d'en lire. Tout Blondin est dans ces pages. Tout Blondin est dans le personnage de Fouquet à la fois si fort et si faible. Amoureux éconduit et père absent mais tellement désireux de renouer ces fils fragiles que la boisson toujours défait.

Plus qu'une intrigue au sens classique du terme, ce sont les circonvolutions, les cheminements de la descente aux enfers de Fouquet et d'Albert qu'Antoine Blondin nous donne à observer. Les méandres de la pensée, de l'évocation, du souvenir explorés au travers du verre grossisant des culs de bouteilles est un voyage inédit et tellement fort lorsq'un talent tel que celui d'Antoine Blondin se donne la peine de nous servir de guide.

Un Singe en Hiver ne se raconte pas. Il ne se lit pas non plus, il se déguste. Comme un vieux, un très vieux marc de Bourgogne. A toutes petites gorgées pour en apprécier mieux et plus longuement toutes les subtilités.


Joël Fomperie

© Etat-critique.com - 28/06/2009