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Dimanche 05 Février 2012Livre

 Un roman français

Un roman français

Frédéric BEIGBEDER

Grasset - 281 pages

Et ta critique ?




La principale difficulté critique, avec un livre comme celui-ci, c’est de le lire en faisant abstraction de la noise qui l’entoure...


En même temps, au lecteur contemporain, ce supplément de contenu hors du livre, peut apporter un réel bonheur de lecture qu’il ne faudrait pas balayer d’un revers de Lagarde et Michard : doit-on vraiment juger un livre pour ce qu’il sera dans cinquante ans ?

Bref, tout a été dit sur les quelques pages d’autocensure, sur le fait que ce roman n’en est pas un, mais que seuls les romans franchissent la lice du Goncourt, etc. Alors voyons le reste.

Frédéric Beigbeder a décidé cette fois-ci de cesser de s’abriter derrière des héros de papier, pour nous raconter sa vie : l’amnésique de l’enfance, comme il se définit lui-même, part à la pêche au passé. Le grand flash back est provoqué par une arrestation de l’auteur, qui sniffait tranquillement sur le capot d’une automobile garée dans les beaux quartiers. Voilà à quoi mène, très indirectement, l’interdiction de fumer dans les lieux publics !

La suite du récit alterne les souvenirs lointains et le parcours récent de gardé à vue, dans les geôles peu avenantes réservées à cet usage à Paris. Conclusion de l’auteur sur ce second thème : "La France est un pays qui pratique la torture dans le Ier arrondissement, juste en face de la Samaritaine." (page 219) Soit. On ne se précipitera pas pour aller vérifier.

Cette alternance du témoignage sur la détention, fleurie en post production par la culture littéraire et philosophique du détenu, et des états d’âme d’un quadragénaire post soixante-huitard se lit sans déplaisir, malgré ici et là quelques possibles agacements stylistiques. Exemples : les lettres CAPITALES à tout bout de champ, ou encore des phrases déjà datées telles que : "Waow, c’est un truc de maboul quand on y pense." (Page 269) qui n’apportent pas grand chose au récit et pourraient rester réservées aux plateaux de télévision.

Les découvertes de Frédéric Beigbeder, alourdies parfois par une psychanalyse de prosélyte et des redites paresseuses, ne sont pas toutes d’une grande profondeur, mais on le suit quand même, le barbu de chez Castel, avec son allure de naufragé des cotillons, dans ce récit éminemment sympathique.

A son terme, l’auteur nous offre un chapitre vraiment émouvant, l’épilogue du livre. On dirait qu’enfin il tient le ton juste. Que n’a-t-il réécrit tout le livre à partir de là ! Trop de travail ? Trop dommage.

Il faudrait réaliser un test, je vous le dis, à vous qui n’avez pas encore lu ce livre : lisez d’abord l’épilogue seul, et voyez l’émotion qu’il vous procure (ou pas). Vous pourrez dire ainsi s’il tient tout seul et se suffit à lui-même, malgré deux références implicites à des chapitres précédents, ou s’il faut vraiment s’infuser deux cent quatre-vingt pages de moins haute tenue pour en arriver là. Rassurez-vous, cette lecture dans le désordre ne diminuera pas l’intérêt que vous prendrez (ou pas) au reste du livre.



Philippe Muller

© Etat-critique.com - 20/10/2009