Mettez un écrivain en garde à vue et il découvrira l’injustice. Mettez un mondain au placard et soyez certain qu’il s’en épanchera de TF1 à France 5.
Un roman français est un mauvais titre, prétendûment vendeur, pour un récit autobiographique souvent touchant et parfois poignant sans jamais se départir d’un humour plus que jamais politesse du désespoir.
Ce récit aurait pu s’appeler De l’art de faire des ricochets ou bien La névrose des nantis. Frédéric Beigbeder y raconte son passage au Dépôt, une zone de non-droit aux conditions sanitaires effrayantes, après avoir été interpellé par la police en train de sniffer de la coke sur le toit d’une voiture. Histoire de jouer les Bret Easton Ellis au petit pied. L’auteur apparaît comme quelqu’un qui copie ses idôles dans leur superficialité et non leur profondeur.
Les masques tombent alors que s’allonge le temps de la garde à vue. Et l’auteur en profite pour revenir sur son passé, conscient d’avoir bâti sa vie sur le fait d’oublier - sciemment ou non - son enfance, adolescence et jeunesse. Arrivé à un point de non-retour, il se retourne pour savoir d’où il vient. Il lui faut se ressouvenir de ce qu’il a oublié pour renaître à lui-même et récupérer ses racines.
Fréderic Beigbeder joue au clown, au gentil bouffon dans une république Monarchiste où l’on harangue le bon peuple sur l’opportunité de travailler plus pour gagner plus. Pirouette, cacahouète, l’auteur lance des mots d’esprits à la tête d’une société amorphe.
Si l’on passe au-delà des traits d’humour, c’est un livre-madeleine pour tous les quadragénaires ayant vécu en Ile-de-France, c’est "un roman francilien" qui rappelle un temps que l’absence pare de nostalgie. Par ailleurs la recherche des origines (d’où viens-je ?) entraine à décrire sa famille comme autant de héros imparfaits.
Un roman français est un beau récit qui laisse des sentiments mitigés. Nul doute qu’il bénéficierait d’un bouche à oreille favorable si son auteur n’en faisait pas lui-même une promotion au bazooka. Son livre est une petite chose émouvante avec des accents de Victor Hugo attitude. Et l’on voit Beigbeider sur toutes les chaines radio et télé faire son show et se la péter. Cela finit par nuire à ce récit qui est sans doute autant son premier livre honnête qu’un essai pour commencer une nouvelle étape de sa vie.
L’écriture est cristal ouvragé du silence disait le poète Edmond Jabès. Avec Frederic Beigbeder, l’écriture se résume à une part intime que l’on abandonne pour mieux courir les boîtes, les filles et boire des coupes de Cristal, le champagne.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 14/09/2009