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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Un regard étranger

Un regard étranger

Robert FRANK

Musée du Jeu de Paume - 1, place de la Concorde 75008 Paris - Du 20 janvier au 22 mars 2009

Et ta critique ?




Indispensable rétrospective consacrée au photographe documentaire qui, en 1958, a révolutionné le genre avec Les Américains, un ouvrage qui fait encore référence aujourd’hui.


Robert Frank (photographe américain né en Suisse en 1924) est l’un des photographes les plus influents du XXe siècle depuis la parution de l’indispensable Les Américains en 1958. Les images de ce livre, dont on vient de fêter le cinquantième anniversaire, ont profondément marqué des générations de photographes et sont emblématiques de la Street Photography.



Le Musée du Jeu de Paume commémore l’événement en présentant, jusqu’au 22 mars, l’intégralité de cette série mythique ainsi qu’une sélection de photographies prises à Paris entre 1949 et 1952 et choisies par leur auteur. Pour compléter cette exposition, les premier et dernier films de Robert Frank sont également programmés : Pull My Daisy (1959) et True Story (2004).

Américain de fraîche date (il ne quitte la Suisse et ses parents qu’en 1947 “pour fuir leur matérialisme et leurs conventions bourgeoises”), Robert Frank a encore les pieds sur les deux continents quand il photographie Paris à l’occasion de différents voyages effectués entre 1949 et 1952. Un Paris de l’immédiat après-guerre qu’il arpente en promeneur curieux et attentif au spectacle de la rue. Un Paris sans joie, aux hommes et aux femmes pensifs, comme encore hébétés par la tragédie mondiale à peine apaisée. Un Paris où les fleurs sont, bizarrement, omniprésentes : dans le dos d’un amoureux, sur un étal de marché, dans la poigne d’une quinquagénaire en pardessus, sur une tombe... Il n’y a pas, dans le Paris capté (capturé) par Robert Frank, la recherche nostalgique d’un Doisneau. Seulement la sombre réalité de l’instant.



C’est justement cette sombre réalité (non dénuée de poésie) qu’il saura restituer avec ses clichés pris entre 1956 et 1958, dans lesquels il photographie les Américains. Pour cet énorme projet “d’étude visuelle d’une civilisation” soutenus par de nombreux photographes (Edward Steichen, Walker Evans, Meyer Shapiro...) financé par la bourse du Guggenheim, il aprtira trois ans sur les routes des Etats-Unis avec femme, enfants.. et Leica ! Vingt-huit mille photos plus tard, il est à la tête d’un fabuleux trésor artistique et ethnographique duquel il extraira d’abord mille puis seulement quatre-vingt quatre photos qui seront publiées par son éditeur français, Pierre Delpire.



Véritable choc dans le monde de la photographie documentaire, Les Américains propose une image de l’Amérique très éloignée de celle que la première puissance aime à donner d’elle-même. Images mouvantes, immergées dans la “vraie vie”, éloignées des canons esthétiques classiques, elles montrent l’envers d’un décor qui fait rêver le reste du monde et forment le pendant parfait de ce que les écrivains de Beat Generation pourront produire à la même époque (Jack Kerouac préfacera l’édition américaine de l’ouvrage publiée l’année suivante). Inégalités sociales, masses laborieuses, minorités raciales, artifices, aliénation, Robert Frank ne cache rien de ce qui l’aura rapidement frappé dix ans plus tôt : l’omniprésence de l’argent, valeur suprême.

Les deux films proposés simultanément viennent compléter notre perception d’un artiste engagé qui, à quatre-vingt ans passés, persiste à préférer la vérité essentielle à la beauté vaine.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 26/02/2009