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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Un prophete

Un prophete

Jacques AUDIARD

avec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Reda Kateb et Gilles Cohen - UGC - 26 aout 2009 - 2h30

Et ta critique ?




Pendant longtemps, la société française s’est articulée autour du concept de lutte des classes. Pour dépeindre le monde carcéral, Audiard a préféré filmer la lutte des clans.


A travers l’œil de Tahar Rahim, Un prophète refuse tout conformisme politique. Mais cette perle du 7e art filme - malgré elle - notre déchéance sociétale, sans tomber dans le pathos.

La première impression qui vous anime, une fois la pellicule arrivée à son terme, demeure l’incompréhension. Audiard a réussi son pari : nous plonger dans l’inhumanité criante de cette société au sein de la société. C’est-à-dire la prison. Et sans tomber dans le registre politique, on se dit que Un prophète permet - à travers l’art - d’interroger nos représentants politiques. De se poser enfin les bonnes questions.

Cela aurait été impossible sans le génie de Tahar Rahim. Pour son premier rôle au cinéma, il se mue splendidement en Malik El Djebena, protagoniste effacé de ce film, qui au fil des 2 h 30 prend de l’épaisseur. Cet illétré de 19 ans, qui débarque pour 6 ans dans cette prison francilienne - sans que le cinéphile ne sache la cause de sa venue – va devenir calife à la place du calife.

Lui qui a dû tuer pour s’intégrer dans ce monde où corruption, drogue ou encore persécutions mentale et physique sont légion. Lui, l’arabe, qui va opter pour le clan des Corses – racistes primaires comme un Lépeniste - plutôt que celui des " barbus ". Lui va s’en sortir. A sa manière… Audiard nous amène ainsi petit à petit dans ce monde parallèle que l’on ne connaît pas.

Cette merveille cinématographique montre aussi que les gardiens de prison ne sont pas – que – des individus sans cœur. Une scène touchante le démontre, quand Malik revient de liberté conditionnelle en retard, parce qu’il a travaillé pour le parrain corse.

Parrain interprété magnifiquement par Niels Arestrup, saisissant dans ce rôle. Son regard, ses ongles longs, sa peau marquée répondent à l’imaginaire collectif attendu d’un individu aussi abject. Son coté chef de meute n'a d'egal que la violence qu'il dégage.

Survie en milieu carcéral aurait pu être l’un des titres de ce film, tant ce scénario vous tient en haleine. Mais quand vous l’aurez vu, Un prohète s’impose comme une évidence. Autant que celle qui nous laisse penser que Tahar Rahim mérite un César. Ave Audiard!


Thomas Delavergne

© Etat-critique.com - 10/09/2009