Dave St-Pierre poursuit son travail sur la nudité, l’extrême et la parodie des corps.
Après sa participation à la création Amour, acide et noix de Daniel Léveillé, Dave St-Pierre est de retour à Paris avec le deuxième volet de la trilogie Sociologie et autres utopies contemporaines.
Un peu de tendresse, bordel de merde ! commence avant que les spectateurs soient tous installés à leurs places au Théâtre de la Ville. Au fond de la scène un homme nu et barbu portant une longue perruque blonde interpelle la salle avec ironie et esprit enfantin. Lorsque le spectacle commence, le travail d’action sur la salle surprend et amuse le public : les danseurs sont parmi nous, ils interagissent et sollicitent les spectateurs avant de monter sur scène. Puis ont lieu, l’une après l’autre, deux saynètes de couple : la femme joue un moment d’hystérie, alors que l’homme reste immobile et impassible devant elle. L’ironie de « l’hôtesse » brune s’adressant au public, casse le côté pathétique de ces scènes. Elle nous parle en anglais en se traduisant tout de suite après dans un style automatique à la google : parodie et rupture du quatrième mur sont à l’œuvre dès le début de cette création. Les spectateurs vivent l’amusement (l’entertainment dans son état pur) et la mise à l’épreuve de leur position de public face à un spectacle vivant à travers une nudité sexuellement explicite qui n’arrête de demander l’implication et la réaction de la salle.
Tout est excès et violence. Le rire et le pathos dramatique s’alternent. La dualité homme-femme ne cesse d’être travaillée et mise en question : les images de la féminité et de la masculinité sont jouées jusqu’au bout (les références à l’œuvre de Pina Bausch sont évidentes dès le début), le premier et le deuxième degré de cet imagerie se chevauchent sans cesse, car le travestissement et la codification des genre sont là, face à nous, sans être jamais vraiment dépassés. Voilà ce qui laisse perplexe vers la fin du spectacle. Finalement la parodie (le deuxième degré, cette tension qu’on croyait être l’objet mis à l’épreuve du début à la fin) n’est qu’un volet de cette pièce. On sent que le pathos (le premier degré de la matérialité des corps et de leurs affects) détient une place importante et que, si les corps sont parodiques, ils sont aussi profondément dramatique et que la violence n’est pas un jeu, elle est la condition fondamentale qui résiste à toute provocation divertissante.
Finalement cette création se revèle une vraie demande de tendresse, d’amour et de rencontre…
Gloria Morano
© Etat-critique.com - 30/05/2011