Edouard Baer propose une interprétation étonnante mais convaincante du magnifique roman de Patrick Modiano.
« Un pedigree » est sans doute l’œuvre la plus personnelle, la plus touchante aussi, de Patrick Modiano. Ce livre raconte la souffrance et la mélancolie d’un garçon qui ne se sent pas aimé par ses parents, qui a l’impression de passer au second plan dans leur vie.
Sa mère, comédienne ratée mais prétentieuse, est une « femme au cœur sec » qu’un enfant encombre. Son père est un homme aux affaires louches, qui ne consacre à son fils que des entrevues furtives dans des bistrots, entre deux rendez-vous.
Modiano raconte avec pudeur et sérénité sa solitude et son inadaptation à l’ambiance de caserne qui règne dans les pensionnats où ses parents le laissent « comme s’il s’agissait d’une consigne d’une gare oubliée ».
Edouard Baer s’empare de ce texte pour en donner une interprétation personnelle et émouvante : alors que le roman est vif et nerveux, presque haletant, le comédien choisit de ralentir le rythme, de poser le récit.
La sobriété du jeu d’Edouard Baer est relevée par l’absence de décor : un petit bureau constitue l’unique élément de décor, les spectateurs ayant vue sur les murs du théâtre lui-même, comme si le personnage évoluait dans un grand appartement désespérément vide et décrépi, à l’image de la relation de Patrick Modiano avec ses parents.
Le parti-pris de l’interprétation proposée d’Edouard Baer, qui peut être surprenant pour qui a lu le livre, est un pari réussi puisque l’émotion créée continue de résonner en nous après le spectacle.
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 26/05/2008