Un patron Modèle (Shining lights en version originale) est un roman plus profond qu’il n’en a l’air car il est si drôle qu’on pourrait oublier le fond de l’histoire.
Marcus Ripps est un jeune quadra qui vit dans la banlieue de Los Angeles et travaille comme directeur d’une usine de jouets (dont la spécialité est la figurine de Président américain en prière). Du jour au lendemain, il apprend que son usine va être délocalisée en Chine. Comme il ne souhaite pas s’y installer, il va connaître une période de vaches maigres, sa recherche désespérée d’un travail allant de pair avec l’abandon d’une vie sexuelle équilibrée avec sa compagne (les deux étant stressés par la situation).
C’est donc au moment où Marcus se retrouve sur une pente glissante qu’il va apprendre la mort de son frère, un mauvais garçon notoire, qui lui laisse en héritage une blanchisserie qui s’avèrera être la façade d’une lucrative activité de maquereau. Et Marcus, passées quelques hésitations, va vouloir traiter les call girls qui travaillent pour lui avec humanité et gérer sa nouvelle activité en bon père de famille.
Voilà donc le point de départ d’un récit que Seth Greenland mène à terme après en avoir extrait la substantifique moelle, balayant la fragilité actuelle du rêve américain, la fatigue du couple arrivé à maturité et le fantasme considéré comme un condiment nécessaire si l’on veut continuer à savourer son existence.
Seth Greenland a l’âge de Marcus. Il a été scénariste pour la télévision et Un patron modèle est son second roman. Les deux ont été publiés chez Liana Levi qui se fait une spécialité des livres remettant en cause la société sous couvert d’humour. C’est un formidable narrateur qui donne vie à une foule de personnages et arrive à se moquer d’eux tout en leur conservant une forte dose d’humanité. En riant d’eux, nous nous moquons de nous-mêmes.
Sur un rythme qui n’a rien à envier au polar, Greenland est en net progrès par rapport à Mister Bones, son premier roman. Il y a du Voltaire Yankee dans la manière dont il détricote le fil des ambitions.
Bref, cette lecture vous procurera principalement du plaisir, encore du plaisir et en prime de la réflexion sur ce que nous souhaitons en termes de travail et de place dans la société.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 13/11/2008