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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Un homme

Un homme

Philip ROTH

152 pages – Editions Gallimard – traduit de l’américain par Josée Kamoun

Les commentaires

Sébastien Mounié

Le 06/01/2008

Voici en contre point la chronique lue dans Le monde 2 pas tout à fait du même avis !!
Que c'est bon la littérature !
Sébastien

La mort est une expérience tellement ordinaire qu'il convient de la traiter avec inspiration. Ni le chagrin ni le talent ne suffisent, et Philip Roth manque des deux, dans ce vingt-septième roman. L’ambition l'écrase, semble-t-il : Un homme, rien que ça. Everyman, le titre original, n'est pas plus modeste. La brièveté du texte (160 pages) fleurait bon l'urgence, le nécessaire, la réputation de l'auteur laissait supposer une vivacité de style, une brillance du propos.
Déception sur toutes les lignes.

Je n'avais jamais lu un livre de Philip Roth. Le hasard, sans doute, et l'agacement, aussi, devant l'habitude de nos cyniques avant-gardes de prendre les romans de Philip Roth pour taper sur la tête des écrivains français. En
tout cas, aujourd'hui, on peut brandir cet Homme, avec sa belle jaquette noire réfléchissante, devant les grimaces de ces petits maîtres du snobisme institutionnel : dans la faiblesse de l'ouvrage, ils reconnaîtront l'image de leurs
opinions bien arrêtées.

Sous couvert d'anti parisianisme, ils veulent déplacer Saint-Germain-des-Prés entre la Bastille et la rue Oberkampf. Quel programme ! Ils feraient mieux de lire les livres au lieu de s'en servir de projectiles. Je ne doute pas que Philip Roth en ait écrit d'excellents, mais en voilà un fort ennuyeux qui ne repose que sur la connivence d'un public acquis d'avance. La paresse de l'écrivain devant la mort fait entrer le lecteur dans un cimetière parsemé de clichés : le portail de guingois, la serrure rouillée ; outrages du temps et des vandales, les tombes émouvantes des enfants morts, et toutes les victimes de la grippe espagnole : « Mille neuf cent dix-huit année terrible parmi toutes les années d'hécatombes qui noirciront à jamais la mémoire du vingtième siècle. » So what ?

Chemin faisant, les souvenirs affluent. Mais le détail des recompositions de ces familles bobos est aussi fastidieux que l'énumération de leurs bobos, un divorce succède à une péritonite, l'aménagement du trois pièces en atelier d'artiste suit l'insertion du stent rénal, rien de tout cela ne produit une quelconque émotion. Sans parler d'une progression dramatique.

On ne peut pas non plus compter sur l'identité juive des personnages pour apporter un peu d'ironie, ce serait verser dans la caricature, seulement voilà, à force de se méfier de tout on arrive devant le cercueil de ses parents sans rien avoir à dire : « Ce que représentaient son père et sa mère coulait de source pour lui. C'étaient un père, et une mère. Ils ne nourrissaient guère d'autres désirs. Mais, désormais, l'espace qu'occupaient leurs corps était vide. La matérialité qui était la leur, de leur vivant, avait disparu. » Et on descend le cercueil dans le trou. Récit des pelletées de terre, une page et demie, inclus l'inévitable désir d'arrêter le temps et un regard sur l'impassibilité des fossoyeurs qui ne font que leur travail. En guise d'oraison, une dernière paire de clichés: « Le vent s'était levé pendant qu'ils comblaient la fosse, et il garda le goût de la terre dans la bouche longtemps après qu'ils eurent quitté le cimetière pour rentrer à New York »

Comme souvent avec les livres courts, celui-ci est interminable. Il s'achève pourtant avec le bavardage du fossoyeur
parlant de son métier: on frémit à l'idée que c'est avec la même déréliction que Philip Roth parle du sien. Vivement la semaine prochaine que je vous entretienne de Pacific Agony, de Bruce Benderson. ça, c'est de l'Amérique!

Christophe Donner, Le Monde 2

Et ta critique ?




La vieillesse, la maladie et le sens de la vie sont interrogées dans un court roman magistral


Certes, lire un roman qui traite de la maladie et de la mort, n’est pas l’idéal en période de fêtes. Mais au-delà des célébrations et des libations, le temps de la réflexion et de la profondeur ne tardera pas. Autrement dit, prévoyez la dépression qui s’abattra sur vous, une fois l’année achevée et mettez votre existence en perspective en lisant Un homme (Every man) de Philip Roth.

Ce roman s’adresse à tous bien entendu mais il a des résonnances particulière pour les athées, ceux qui ne croient pas ou n’arrivent pas à croire en l’existence de Dieu, ceux qui ne peuvent être soutenus que par ce roseau pensant qu’est l’homme. Pas de pardon ni de justice divine, juste cette humanité merveilleuse et chétive qui est notre lot commun.

Un homme, comme son titre l’indique, est le récit de la vie d’un homme bien particulier et dont nous ignorons le nom et le prénom. Cet homme anonyme est enterré dès le début de livre.

Et c’est après son enterrement que commence le récit de sa vie, d’une vie d’homme normale quoique rendue difficile par les atteintes de la maladie. Cet homme père de trois enfants, trois fois marié puis divorcé et qui a travaillé dans la publicité pendant sa vie active, voit sa retraite gâchée par la maladie. Pendant sept ans, il est opéré sept fois et cela finit par lui flétrir le goût de la vie.

En écho à ces soucis qui dévirilisent, déréalisent notre homme lambda, sa biographie nous est racontée par l’intermédiaire des maladies qui ont occupé son existence : hernie discale de l’enfance, problèmes artériels qui atteignent le cœur, durant lâge adulte.

Ce qui rend le livre poignant, inoubliable et l’élève au rang d’œuvre importante est  le trajet de cet homme qui se sent mourir et s’interroge sur lui-même et le sens de l’existence.

Ainsi, le livre se termine presque sur une longue scène située dans un cimetière où Philip Roth va jusqu’aux limites de l’interrogation matérielle sur ce qu’est la mort. Interrogation matérielle qu’il rend aussi brulante qu’une interrogation religieuse ou transcendantale.

D’autant plus émouvant que la forme du récit est ramassée, ce roman est bien un roman de Philip Roth. On y retrouve le rapport complexe à la famille, débridé et comique à la sexualité. Roth a toujours su évoquer les grandes étapes de l’existence au fur et à mesure qu’il les vivait. Aujourd’hui, il arrive à une phase qui équivaut à la montée du crépuscule et il ne faut pas compter sur lui pour nous faire grâce de ce moment.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 06/01/2008