La vieillesse, la maladie et le sens de la vie sont interrogées dans un court roman magistral
Certes, lire un roman qui traite de la maladie et de la mort, n’est pas l’idéal en période de fêtes. Mais au-delà des célébrations et des libations, le temps de la réflexion et de la profondeur ne tardera pas. Autrement dit, prévoyez la dépression qui s’abattra sur vous, une fois l’année achevée et mettez votre existence en perspective en lisant Un homme (Every man) de Philip Roth.
Ce roman s’adresse à tous bien entendu mais il a des résonnances particulière pour les athées, ceux qui ne croient pas ou n’arrivent pas à croire en l’existence de Dieu, ceux qui ne peuvent être soutenus que par ce roseau pensant qu’est l’homme. Pas de pardon ni de justice divine, juste cette humanité merveilleuse et chétive qui est notre lot commun.
Un homme, comme son titre l’indique, est le récit de la vie d’un homme bien particulier et dont nous ignorons le nom et le prénom. Cet homme anonyme est enterré dès le début de livre.
Et c’est après son enterrement que commence le récit de sa vie, d’une vie d’homme normale quoique rendue difficile par les atteintes de la maladie. Cet homme père de trois enfants, trois fois marié puis divorcé et qui a travaillé dans la publicité pendant sa vie active, voit sa retraite gâchée par la maladie. Pendant sept ans, il est opéré sept fois et cela finit par lui flétrir le goût de la vie.
En écho à ces soucis qui dévirilisent, déréalisent notre homme lambda, sa biographie nous est racontée par l’intermédiaire des maladies qui ont occupé son existence : hernie discale de l’enfance, problèmes artériels qui atteignent le cœur, durant lâge adulte.
Ce qui rend le livre poignant, inoubliable et l’élève au rang d’œuvre importante est le trajet de cet homme qui se sent mourir et s’interroge sur lui-même et le sens de l’existence.
Ainsi, le livre se termine presque sur une longue scène située dans un cimetière où Philip Roth va jusqu’aux limites de l’interrogation matérielle sur ce qu’est la mort. Interrogation matérielle qu’il rend aussi brulante qu’une interrogation religieuse ou transcendantale.
D’autant plus émouvant que la forme du récit est ramassée, ce roman est bien un roman de Philip Roth. On y retrouve le rapport complexe à la famille, débridé et comique à la sexualité. Roth a toujours su évoquer les grandes étapes de l’existence au fur et à mesure qu’il les vivait. Aujourd’hui, il arrive à une phase qui équivaut à la montée du crépuscule et il ne faut pas compter sur lui pour nous faire grâce de ce moment.
Philippe Sendek
© Etat-critique.com - 06/01/2008