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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

 Un homme en faillite

Un homme en faillite

David LESCOT

Théâtre des Abbesses - 31 rue des Abbesses - 75018 Paris - Jusqu'au 24 mars

Et ta critique ?




"Un homme en faillite" raconte comment un homme qui a tout perdu se sent rétrécir jusqu'à devenir minuscule.


Une pièce parfaitement équilibrée : subtil dosage entre rire et désespoir, entre réalisme et surréalisme, entre espoir et laisser-aller.

Un couple est sur scène avant même que les spectateurs ne soient dans la salle. On a l'impression d'arriver chez eux, de prendre en marche le train de leur vie, cette vie commune que la femme est manifestement décidée à fuir.
 
Elle (Nora Krief) fait sa valise en silence, pendant qu'il (Pascal Bongard, très bon malgré quelques rares hésitations sur le texte) écoute, impassible, des disques de jazz. Il a manifestement renoncé à la retenir. Il a semble-t-il renoncé à tout, tout simplement.
 
Car cet homme est en faillite. En faillite dans tous les sens de terme : un mandataire liquidateur (Scali Delpeyrat, excellent dans ce rôle) déboule en effet bientôt dans sa vie pour lui expliquer qu'il est, officiellement, en faillite.  

L'homme de loi prend sa mission à cœur : il est imperturbable, apparemment sans cœur. Le mandataire s'acharne à le déposséder de tout ses biens, à l'exception de son "reste à vivre", il semble jubiler à l'idée de brader tout ses objets. Il est impatient de tout revendre, car il sait qu'il vendra tout ; il a pour cela une technique infaillible  : il vend très peu cher... Donc il vend tout.
 
Sous ses airs impitoyables, le liquidateur veille en réalité sur lui, il lui sert de conscience : il joue le rôle de cette petite voix cruelle qui le met devant ses échecs pour mieux lui faire toucher le fond et l'inviter à donner ce coup de pied salutaire qui devrait lui permettre de remonter à la surface.

Dépossédé de ses biens matériels et de ses attaches sentimentales, le personnage hésite pourtant à se laisser couler, à abandonner la partie.
 
Il se sent en tout cas diminué, rétréci, au point de devenir "le Shrink" (en anglais, littéralement "le rétréci" et en argot américain "le psy"). Ce rétrécissement sera d'ailleurs le prétexte d'une scène tragi-comique très réussie où le personnage désormais microscopique part à l'assaut de son frigo devenu pour lui une véritable montagne.
 
Laissez-vous toucher et surprendre par cette pièce équilibrée qui passe du réel à l'étrange, du rire au tragique.


Thibault Dablemont

© Etat-critique.com - 05/03/2007