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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Un hiver de glace

Un hiver de glace

Daniel WOODRELL

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frank Reichert - Rivages/Thriller - 182 pages

Et ta critique ?




"Jessup était une gueule cassée, un homme fuyant, enclin aux promesses sans lendemain qui lui permettaient de franchir la porte et de s'éclipser puis de revenir plus tard, pour se faire pardonner."


C'est comme ça que Jessup Dolly est parti un matin, au volant de sa Capri bleue. "Il n'avait laissé ni argent ni nourriture, mais promis de revenir le plus vite possible avec un sac en papier bourré de pognon et un plein coffre de friandises." Jessup a laissé derrière lui sa femme, qui a perdu la tête, Ree, sa fille de seize ans et ses deux fils de huit.

C'est l'hiver, la baraque est en ruine, au bout d'un chemin creusé d'ornières, il fait un froid à fendre les pierres, les placards sont vides et cela fait un bail qu'il n'est pas réapparu. Des nouvelles de lui arrivent indirectement par le shérif : Jessup - "le meilleur fabricant de blanche qu'aient jamais eu les Dolly" - est en liberté conditionnelle, il a hypothéqué la maison pour se payer cette conditionnelle, son procès est la semaine prochaine et s'il ne se présente pas au tribunal la maison sera vendu : "On la vendra et vous devrez tous dégager. Vous savez où aller ?"

Pour éviter de se retrouver dehors, Ree décide de trouver son père, et pour ce faire va questionner le reste de la famille. "Le grand espoir de Dolly, c'était que ces gamins ne serait pas blasés à douze ans, repliés sur eux-mêmes, hermétiques à l'émerveillement et méchant comme des teignes. Tant de jeunes Dolly avaient pris ce chemin, déglingués avant d'avoir même pris du poil au menton, élevés pour vivre hors la loi et soumis aux impitoyables et sanglants commandements qui président à ce genre d'existence. Deux cents Dolly […] habitaient cette vallée dans un rayon de cinquante kilomètres. Certains menaient une vie sans histoires, mais même eux étaient des Dolly dans l'âme, capables, dans une rixe, de prêter main-forte à leurs parents. Les plus brutaux des Dolly pouvaient se montrer sacrément irascibles et coriaces l'un envers l'autre, mais, avec leurs ennemis, c'étaient des démons déchaînés qui se moquaient des lois et des manières policées, ne vivant qu'entre eux." Son chemin va être long et douloureux…

Ce nouveau roman de Daniel Woodrell est somptueux. Le début est sombre, âpre et lent, tout s'accélère dans la seconde partie qui s'enfonce encore plus dans la noirceur, et le final vous coupe le souffle… c'est du grand art.

Une fois de plus, l'auteur y explore une famille du fin fond des Ozarks. Ses personnages ont un caractère trempé, parlent peu - et lorsqu'ils le font c'est de manière détournée -, n'ont pas forcément envie d'être méchants - "C'est juste qu'ici les gens ont un peu de mal à piger les règles, alors des fois ça dérape" - et le résultat est explosif.

Daniel Woodrell est un très grand auteur injustement méconnu, il est temps de vous jeter sur ce livre et sur les autres aussi.


Christophe Dupuis

© Etat-critique.com - 11/04/2007