Entre burlesque et tragédie, Un garçon impossible permet de découvrir, au Théâtre du Rond-Point, un auteur Norvégien au talent polymorphe et dérangeant.
Jim (Micha Lescot) est un garçon un peu grand pour ses huit ans. C’est surtout un garçon impossible et sa mère (Hélène Viaux) est inquiète : par exemple, il n’entend pas la voix de son grand-père... mort depuis plusieurs années. Une bonne raison pour venir à l’hôpital consulter un médecin (Eric Berger) qui a bien d’autres soucis en tête. A commencer par la passion amoureuse que lui vouent sa femme, qui le harcèle sur son portable, et sa maîtresse, une infirmière (Isabelle Carré) qui le harcèle à chaque instant...
Entre absurde convenu (qui est le plus fou du fils ou de la mère ?) et prémices d’un marivaudage traditionnel (la femme va-t-elle découvrir l’infidélité de son mari ?), le dramaturge Norvégien Petter Rosenlund installe son public, dès les premières minutes, dans un confort précaire mais rassurant : rien là que de parfaitement balisé et maîtrisé...
Erreur ! Petter Rosenlund n’est pas seulement un dramaturge, c’est aussi un grand pervers. Rien qu’il n’affectionne plus que de transformer progressivement ces situations légèrement schizophréniques en scènes de folie débridée qui ne sauront trouver d’issue que dans le drame le plus absolu. Sans avoir manqué, au passage, d’aborder des thèmes aussi terribles que la folie, l’inceste ou la pédophilie.
Avec un sens de l’humour particulièrement grinçant et une faculté à mélanger les genres (allant du Père Noël est une ordure à Elephant de Gus Van Sant), l’auteur interpelle jusqu’au malaise une salle éprouvée qui oscille entre rire et larmes. Jusqu’à l’amener à se poser la seule question qui vaille : plutôt que le garçon dont il est question dans le titre, n’est-ce pas plutôt la société dans laquelle il vit qui est impossible ?
La mise en scène efficace de Jean-Michel Ribes offre à ses acteurs tout le loisir d’exprimer les pulsions extrêmes que leur mal-être engendre nécessairement. Micha Lescot confirme, en particulier, sa capacité à changer de registre et à se fondre dans des rôles pour le moins décalés. Et Isabelle Carré, dans un contre-emploi difficile de jeune femme solitaire et frustrée, confirme, s’il était nécessaire, son statut de très grande actrice.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 14/02/2009