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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Un chasseur de lions

Un chasseur de lions

Olivier ROLIN

Seuil - 235 pages

Et ta critique ?




Franc-tireur érudit et inclassable, Olivier Rolin nous entraîne, à sa suite, sur les traces emmêlées du fantasque Eugène Pertuiset, du génial Edouard Manet... et de lui-même ! Passionnant, intelligent et léger.


Si je vous dis Edouard Manet, vous me dites Olympia, Le fifre ou L'exécution de Maximilien. Vous me dites peintre de la seconde moitié du XIXe siècle, mort à 51 ans de la gangrène. Et je vous dis bravo. En revanche, si je vous dis Eugène Pertuiset... vous restez bouche bée ! Sachez pourtant, sombres ignorants, qu’Eugène Pertuiset est un personnage important de la vie de Manet, auquel il a même pris le temps de “tirer le portrait” en 1881, deux ans avant sa mort, en Chasseur de lion. Si vous voyagez un peu, vous pourrez d’ailleurs voir cet imposant tableau (170 cm x 150 cm) au musée de Sao Paulo.

C’est exactement ce qui est arrivé à Olivier Rolin qui en a aussitôt conçu une irrésistible envie de mieux connaître le Tartarin un peu ridicule qu’Edouard Manet avait immortalisé cent trente ans plus tôt. Un chasseur de lion est ainsi la reconstitution des destins croisés de ces deux personnages qui, pour si différents qu’ils soient, verront à plusieurs reprises leurs vies se rencontrer, et le premier acheter de nombreux tableaux ou dessins du second.

De Manet on sait tout, et Olivier Rolin excelle à nous remettre en mémoire l’un ou l’autre des épisodes marquants de son existence. Mais de Pertuiset on ne sait rien, et le portrait qu’il en fait nous le montre en personnage haut en couleur, aventurier, chasseur de lions en Algérie, mais aussi magnétiseur, explorateur, inventeur et trafiquant d’armes. Autant d’activités hétéroclites qui le mèneront à accomplir de nombreux voyages en Afrique du Nord et en Amérique du Sud, et à faire la première tentative d’exploration de la Terre de Feu.

Et comme il est impossible à l’auteur de s’effacer totalement, il y a un troisième homme dans ce roman en la personne d’Olivier Rolin lui-même qui profite du récit pour mettre ses pas dans ceux de Pertuiset et dans les siens propres vingt-cinq ou trente ans plus tôt.

Il en résulte un voyage à travers l’espace (l’Algérie coloniale, Lima, Valparaiso, la Terre de Feu), le temps (le Paris de Napoléon III, la guerre de 1870, la Commune) et les souvenirs littéraires (Baudelaire, Zola, Maupassant, etc.). Il en résulte surtout un roman mené tambour battant, comme une suite très rythmée de tableaux colorés, d’anecdotes mises en scène et de recherches sur les lieux mêmes des événements. Un mariage réussi du roman d’aventure, du roman historique et du roman de voyage.


Joël Fompérie

© Etat-critique.com - 20/10/2008