Plantu est comme le Père Noël, il n’aime pas l’injustice. Alors, le gros monsieur rouge vient parfois déposer des recueils du caricaturiste du Monde au pied du sapin. Derrière des dessins qui donnent le sourire, Un boulevard pour Sarko pointe les dérives d’un homme politique.
On rit, on sourit… Et on s’inquiète. A côté des épines, une fois le cadeau déballé, ça sent justement le sapin quand Plantu explique que le président de la République faisait savoir qu’il était choqué par le dessin ci-dessous.
Cela montre le double discours d’un homme politique girouette qui « persite et signe » le 12 novembre : « S’agissant du droit à la caricature, je préférerai toujours (en appuyant sur ce mot) les excès à la caricature à l’absence de droit à la caricature qui est la marque de tous les régimes totalitaires. »
(la vidéo ci-dessous, à partir de 1 minute pour les plus pressés)
Quand un journaliste titre son recueil "Un Boulevard pour Sarko", il ne peut épargner l’opposition. Et plus particulièrement le PS. Un rictus vous envahit devant un François Hollande la goutte de sueur au front, épaulé par une horde d’éléphants blasés, faisant face aux médias pour annoncer un communiqué : « A la quasi-unanimité, nous avons décidé d’être un parti de gauche ». De cyniques scènes liées au pathétique congrès de Reims agrémentent le chapitre « La gauche en 2008 ».
Les stylos de Plantu s’attaquent ensuite à « La présidence Sarkozy ». Entre un Président obnubilé par ses SMS à la table de la reine d’Angleterre et son obsession à "aller chercher la croissance avec les dents", le couple présidentiel en prend pour son grade. Afin de fêter le trentenaire de la loi sur la contraception, un médecin lâche un « Heureusement, il y a la contraception » devant des amoureux heureux derrière leurs lunettes de soleil.
Le Premier ministre, que l’on pourrait surnommer Casper à la vue de ces dessins, transpire la tristesse. Un Fillon infantilisé qui se transforme en parodie de Juppé, la perruque en plus ; mais avec une cote de popularité moindre (56% aux dernières municipales à Bordeaux). Hilarant.
Dans le registre « Justice », on se tape une bonne barre devant le président de la Société Générale, mégaphone à la main entouré du GIGN, siégeant face à un immeuble aux couleurs de la banque et appelant Kerviel : « Jérôme ! Sors doucement, les mains sur la tête, et dépose sur la table la bombe atomique et la boîte de cachous que tu as lâchement subtilisées ». Deux drapeaux, l’un français l’autre européen, entourent le lieu.
Et c’est aussi pour cela qu’on aime Plantu. Pour le souci du détail. A la recherche de la petite souris qui accompagne ses coups de crayon. Plus incisif que n’importe quel article.
On pourrait continuer des lignes et des lignes sur « l’International », « l’Environnement » ou encore « la Crise financière » et « la Diplomatie », notamment avec Khadafi. Il y a trop à rire pour choisir quoi décrire.
Le droit à la caricature, Plantu le défend dans L’Express et Le Monde. Mais aussi dans diverses grandes écoles, au jour le jour. Egalement à travers l’asso « Dessins pour la paix », en soutien à Siné ou Charles Enderlin (reporter franco-israélien permanent de France 2 à Jérusalem, à propos de la mort d’un enfant palestinien, non-reconnu par l’Etat hébreu).
Plantu ou le travailleur de l’ombre garant de la liberté d’expression, comme l’atteste cette série sur les JO de Pékin, dénonçant un Sarkozy qui oublie les Droits de l’homme… Qu’il en profite puisque le Président « préférera toujours les excès à la caricature ». Surprenant tout de même pour un grand démocrate d’éprouver ce besoin de répéter son attachement à la liberté d’expression…