Duras a beaucoup inspiré le cinéma. Dernière "victime" en date, Rithy Panh avec l’adaptation mal maîtrisée de l’un des meilleurs romans de l’illustre Marguerite.
Paru au printemps 1950, Un barrage contre le Pacifique est le roman qui a fait connaître Marguerite Duras. S’y trouvent déjà tous les thèmes qui feront l’oeuvre de l’auteure, à commencer par sa dimension autobiographique et son engagement anticolonialiste. A la fois fiction et documentaire, il avait déjà fait l’objet d’une adaptation cinématographique en 1958, signée René Clément (avec Silvana Mangano dans le rôle de la mère et Anthony Perkins dans celui du fils).
Rithy Panh, lui, confie ces rôles-clé à Isabelle Huppert et Gaspard Ulliel et y va de sa vision personnelle d’un thème qui l’a particulièrement touché : "Avec la liberté de la fiction, Marguerite Duras parle de la réalité et lui confère une portée symbolique universelle, accessible à tous. J'aime beaucoup cette manière de respecter la réalité tout en la transcendant. Avec cette adaptation, j'ai voulu tourner un film ouvert, généreux, populaire, à l'image du roman de Duras : un drame familial, une histoire sentimentale, et aussi une description sans concession du système colonial."
Hélas, celui dont le travail documentaire sur le traumatisme Khmer (on se rappelle avec émotion S21, la machine de mort Khmère Rouge, 2004) avait occulté les débuts de réalisateur de fiction (Les gens de la rizière, 1994), a bien du mal à se dépêtrer du foisonnement durassien.
Il en est ainsi réduit à édulcorer un texte violent, mal-pensant, souvent choquant. Une fois polie et débarbouillée, l’oeuvre de Duras est ravalée au rang d’un ersatz de Coup de torchon (Bertrand Tavernier, 1981), maladroit, saccadé dont la narration manquerait de fluidité et l’interprétation de la conviction nécessaire.
Joël Fompérie
© Etat-critique.com - 19/01/2009