Verbeux, théâtral et parisien, le cinéma d’Emmanuel Mouret a de quoi agacer. Pourtant, ce drôle de cinéaste possède un ton singulier, entre bourgeoisie et truculence. Mais ce baiser manque un peu de cœur !
Virginie Ledoyen est toute mignonne en bourgeoise innocente. L’actrice porte très bien les perles aux oreilles et se marie parfaitement avec le décor blanc immaculé. Idem pour Julie Gayet, parfaite en amoureuse tentée par un baiser d’un parfait inconnu.
Depuis son premier film, Emmanuel Mouret sait écrire de beaux personnages féminins. Ils sont à la fois mystérieux, drôles et supérieurs aux hommes, pris au piège de leur libido défaillante.
Le comédien cinéaste interprète Nicolas, un jeune professeur qui demande à sa meilleure amie (Ledoyen) de coucher avec lui car il se sent dans une très grande détresse affective et sexuelle. Cette dernière accepte et leur amitié va se transformer en un sentiment beaucoup plus fort. Le problème, c’est qu’ils sont chacun en couple.
Le petit univers d’Emmanuel Mouret est basé sur les atermoiements du cœur. Avec des budgets ridicules, l’acteur-réalisateur observe une petite bourgeoisie, désargentée, se lamenter sur les aléas de l’amour.
C’est souvent drôle car décalé. Empruntant à Rhomer, Emmanuel Mouret a su créer un cinéma récréatif et faussement naïf. En apparence c’est un cinéma léger mais Mouret se triture les neurones autour du grand sujet romantique : l’amour.
Changement d’adresse était une comédie sentimentale de poche. Cette fois ci, Mouret dispose d’une production plus aisée (bourgeoise ?) et cela se ressent hélas dans la narration. Plus ambitieux, son style perd de son charme et son second degré se fait beaucoup plus discret.
Certes le sens du dialogue de l’auteur ravira les amateurs de situations saugrenues mais l’ensemble manque cruellement de spontanéité. A la différence des autres films, Mouret offre un badinage un peu fade car téléphoné à deux ou trois passages clefs.
Mais il ne faut pas bouder son plaisir. On est tout de même très loin d’un cinéma standardisé et télévisuel. La démarche est à saluer mais on aurait franchement aimé un peu plus de passion. Ce qui est un comble pour un marivaudage !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 29/08/2008