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Vendredi 25 Mai 2012Art-scène

Un après-midi chez Mme De Vinciþ

Un après-midi chez Mme De Vinciþ

Gilbert PROVAUX

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Les commentaires

unclecreepy

Le 17/02/2009

Tes agacements que je reconnais et ton engouement profond pour l'art dans son fond et dans sa forme, nous mène étrangement et tout au long de ton article aux profondeurs de notre raisonnement... Rien ne répondra jamais à tes désirs de peuple "éveillé" c'est sur. Mais je m'emporterai, c'est encore plus sur, vers "les funerailles de la Joconde"... Merci. UC

elisabeth R

Le 21/02/2009

bravo futur chateaubriand!!!!et cest rare de nos jours

Et ta critique ?




 

Quelle émotion nous étreint, nous-même, dans notre solitude et notre silence intérieurs face à une œuvre?


Cela remonte à quelques mois déjà. Ma dernière visite à Milan pour voir enfin, la Cène de Léonard De Vinci, la plus étrangement belle d'entre toutes celles peintes par les Maîtres. Étrange, assurément, comme le génie de Léonard, comme la Beauté aussi, et Léonard était beau.

De retour à Paris, vaquant au Carrousel, j'allais en réalité à un rendez-vous avec cette jeune femme dont Léonard avait fait le portrait qui ne le quitta pas. Je la savais là, l'avais déjà vue, presque partout reproduite, avec des moustaches même ! Mais Elle était là, vraie, derrière de hauts murs séculaires, indifférente, au-dessus des belphégoriennes apparitions de jadis, aux foules empressées, à leurs flashes imbéciles, à leur ingratitude. Qui étaient-ils ces gens, pour prétendre poser à ses côtés? Qu'est-ce que cela signifie poser à côté d'une œuvre d'art ou s'imposer au milieu d'un paysage sublime? Passons.

C'était un lundi après-midi. Le Louvre est en permanence surpeuplé. Signe du temps: l'art est dans les musées où l'on se doit d'aller "apprendre". Voici les masses casquées, oreilles branchées aux discours convenus, connectées aux connaissances validées, comme on dit aujourd'hui, par des Spécialistes. On en ressort persuadé d'avoir compris, de savoir enfin pourquoi l'Artiste a fait ce qu'il a fait comme il l'a fait. Et puis après? Retour au quotidien, jusqu'à la prochaine expo qu'il faudra absolument avoir vue. Mais, au fait, a-t-on ressenti quelque chose? Quelle émotion nous a étreint, nous-même, dans notre solitude et notre silence intérieurs face à l'œuvre? Ce serait bien à ce moment-là, si précieux, qu'il faudrait s'inquiéter de savoir ce qui a fait écho en nous. Et s'interroger sur soi et le rapport intime à l'œuvre. Apprendre, bien sûr apprendre, mais pour exister, ne plus être semblable, passant passif pacifié, comme tant d'autres... Non, pour être transformé comme certains furent transfigurés par une vision, dans ce Monde-ci, et connurent leur vie changée.

L'antichambre de la Joconde est un couloir où se trouvent cinq chef-d'œuvres de Léonard dont l'un me séduit particulièrement. C'est le fameux Saint Jean Baptiste, visage lumineux sur fond obscur, index dressé vers le haut (le ciel?) en un geste espiègle comme devait l'être son modèle, ce jeune voyou qu'il adopta. Ou bien encore comme Léonard l'était lui-même, cédant à ses passions, laissant de côté une commande pour s'adonner aux mathématiques, partir ailleurs pour ses recherches, pour s'échapper, et puis revenir et encore partir, sourd aux admonestations des puissants, à leur soutien aléatoire, sauf peut-être celui de Ludovic le Maure à Milan qui lui fut tellement plus fidèle que la Florence des Médicis. Et toujours, dans son sillage, les œuvres éblouissantes, déjà saluées comme telles par ses contemporains qu'il étonnait sans cesse. Que l'on se souvienne de la Vierge aux rochers, celle du Louvre justement, dont les autorités religieuses de l'époque ne furent pas dupes et refusèrent d'exposer telle qu'elle. Léonard dut en faire une autre, plus conforme, celle que l'on peut voir à la National Gallery.

Maintenant, Monna Lisa, dont le sourire énigmatique, cela fut assez dit, répond à celui du jeune homme mentionné plus haut, Jean le Baptiste, pas moins énigmatique. En fait, ce sourire, ces sourires, sont dans les regards aussi, qui s'invitent mutuellement à quelque complicité suggérée par le peintre. Il y a une obsession de Malice chez Léonard, que l'on retrouve partout, adoucie par une élégante bienveillance qui rayonne dans le clair-obscur. Plus qu'énigmatique, c'est ineffable qu'il faudrait employer, l'expression de Monna Lisa est à la fois détachée et recueillie. Le paysage tourmenté de l'arrière plan n'inquiète pas cette jeune femme derrière le "sfumato" du Maître. La subtilité des jeux de lumière et d'ombre révèle la profondeur psychologique du portrait. Autrement dit, Le Vinci expose avec une grâce infinie, sa propre vie, son art tout entier. Ce n'est pas seulement avec les yeux que l'on voit la Joconde.

J'entends à présent que l'on expose "Les funérailles de la Joconde". Pour elle comme pour nous, cela ne sera jamais qu'une Renaissance, encore.


Gilbert Provaux

© Etat-critique.com - 16/02/2009