Avec Lola Créton, Sebastian Urzendowsky, Magne Havard Brekke et Valérie Bonneton - Pelleas video
Et ta critique ?
Du cinéma d'auteur français avec maison de campagne lumineuse, petit studio parisien exigu et héroïne souffreteuse! Inquiétant, n'est ce pas? Heureusement Un amour de jeunesse est une excellente surprise!
Les premières minutes inquiètent avec ces deux tourtereaux qui ne savent pas quoi faire de leur amour. Camille aime Sullivan. Lycéenne, elle ne veut pas que l'étudiant s'échappe pour un long périple en Amérique du Sud.
Elle va se tuer s'il part. Il part. Elle prend des pilules. On a peur pour nous, pauvres spectateurs, apeurés par la diction rhomerienne du jeune homme (tu ne joues pas, tu récites) et les artifices du genre à commencer par un naturalisme forcené.
Heureusement un bond dans le temps sauve nos impressions. La réalisatrice retrouve la jeune fille devenue étudiante. Sa solitude lui pèse mais elle a composé son univers autour d'une passion, l'architecture.
La naissance de l'amour n'est pas le sujet. Il est question finalement d'arrangement avec le fameux amour de jeunesse. Qu'est ce que l'on peut faire de ce puissant sentiment qui bouleverse l'existence? Mia Hansen Love scrute ce compromis sourd de Camille avec la vie.
La mièvrerie un peu stéréotypée du début laisse sa place à un portrait de femme touchant et parfaitement maîtrisé. On tombe soudainement amoureux de Camille car on la comprend facilement. On a tous un premier amour. Il a changé nos envies, nos liens, notre regard!
Camille semblait piéger par sa tendance romantique. Elle finit par la dompter. Elle commence à s'ouvrir au Monde. Paris devient une ville où il fait bon se perdre. L'architecture n'est pas un choix anodin. Camille se construit. Un terrain meuble, l'Amour, sera la base d'une existence qu'elle veut solide.
Elle choisit Lorenz, un homme mûr, son professeur et son assurance d'ouvrir au maximum son champ des possibles. De l'Ardèche à Copenhague, l'héroïne découvre son caractère et l'aménage autour de ce sentiment amoureux, qui reste malgré ses efforts, un souvenir douloureux.
Puis, elle retrouve dans un dernier acte, Sullivan. Ce qu'elle a construit, vacille. La première fois est fondatrice mais elle peut être destructrice. Ce que vont comprendre les deux amants, plus vieux et devenus raisonnables, peut être résignés.
Là encore, la réalisatrice transforme Paris. Cette façon de mêler le sentiment au décor fait tout le charme de ce film lumineux, minéral où une jeune femme essaie de se faire une place sur Terre. Parfaitement joué par Lola Créton, l'entêtement de Camille pour retrouver ses premiers désirs impressionne. On oublie alors tous les tics d'un cinéma d'auteur français.
La seconde partie nous a fait prendre une magnifique respiration, un voyage intime et très dépaysant. Même Sullivan est moins insupportable dans la dernière partie. Leur hésitation et leur concession sont alors les notres. Mia Hansen-Love a une idée qui se perd souvent: s'adresser au coeur et rien qu'à lui.