C’est une trame classique : une femme aime un homme qui aime une autre femme. Comme James Gray a du style, son nouveau film est sauvé par une douce déprime, incarnée par des acteurs inspirés.
Two lovers joue avec le feu. Ce film à la sauce hollywoodienne, cela donnerait une grosse meringue indigeste avec stars cabotines et seconds rôles pétillants, le tout accompagné des derniers slows r’n’b de Beyoncé. Le cinéaste James Gray, habitué au polar dur, fait preuve ici d'un naturalisme étonnant.
Leonard est un garçon dépressif, un peu suicidaire qui ne s’est jamais remis d’une déception amoureuse. Ses parents s’inquiètent et lui font rencontrer la délicieuse Sandra, beauté diaphane au calme presque effrayant. Au même moment, il tombe sur sa nouvelle voisine, Michelle, jeune femme pleine de vie et paumée. Dans la morne vie de Leonard, cette femme réveille l’instinct de vie.
Mais Leonard avait oublié comment la passion pouvait être destructrice. Son retour à la vie réjouit le spectateur mais très vite, les vertiges de l’amour vont inquiéter. James Gray filme cela avec son style élégant et humain. Il raconte une triste histoire de cœur sans être romantique.
La raison et la passion, voilà tout l’enjeu du film. Depuis Little Odessa, James a filmé des tensions avec un tact impressionnant car jamais démonstratif. Avec The Yards et La nuit nous appartient, il a confirmé son obsession pour la famille, qui reste ici le grand sujet silencieux de Two lovers.
Leonard étouffe entre sa mère et son père. L a promesse d’une vie avec Sandra lui promet de reproduire l’exact parcours des parents. La douce folie de Sandra ne pouvait que faire fantasmer le triste garçon.
James Gray applique une trame conventionnelle. Heureusement il filme cela avec une froideur salvatrice. Ce type là sait filmer New York avec une classe incroyable. On pense un peu à Woody Allen mais Gray sait rester original.
Sa mélancolie le sauve des pièges. Il appuie un peu trop sur le mutisme de son héros. Il reste un excellent directeur d’acteurs. Son comédien fétiche, Joaquin Phoenix, veut arrêter sa carrière sur ce rôle. Gwyneth Paltrow trouve son meilleur rôle et le cinéaste révèle une sublime actrice, Vinessa Shaw.
L’ambiance hivernale et délicatement dépressive gèle tous les stéréotypes. Gray réussit cette visite dans un genre plus casse gueule que le polar noir. Il en fait peut être un peu trop mais il parvient surtout à réchauffer nos cœurs.
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 24/11/2008