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Vendredi 25 Mai 2012Musique

 Two Suns

Two Suns

. BAT FOR LASHES

(EMI - 2009)

Et ta critique ?




Au-delà des apparences néo Bab, une vraie musicienne signe des mélodies qui nous envoûtent. Est-ce cela le charme ?

"Two suns" est le second album de Natasha Khan, une charmante anglo-pakistanaise de 29 ans. Le premier avait été remarqué et l’on avait évoqué Kate Bush ou Bjork, selon l’antique nécessité de relier l’inconnu au connu.

C’était un bel album déjà, avec quelque chose d’attachant mais içi, Bat for Lashes passe à la vitesse supérieure et crée un univers profondément original mais en même temps en phase avec le besoin de mysticisme ambiant.

Pour Natasha, composer est une nécessité vitale et  permet à la fois de vivre et de rester consciente. La partie la plus contestable de "Two suns" est que ce disque-univers n’a pas besoin de se parer des atours du concept album qu’on essaie de nous vendre.

Ce disque est censé montrer la lutte entre Natasha et Pearl, son double à la Paris Hilton. Par ailleurs, l’artiste apparaît souvent le corps et le visage peints, des larmes dessinnées au bord de ses yeux. Tout un attirail neo-hyppie qui la relie à Devendra Banhart.

Oui, oui, mais ces habillages seraient amenés à se désagréger si Natasha Khan ne possédait pas l’essentiel : à savoir une voix embrumée, des mélodies complexes et entêtantes où le piano s’affronte aux percussions primales. Elle sait captiver son auditeur.

Et donc, voilà le plus important : son album est d’une grande richesse et il faut maintes écoutes pour arriver à le circonvenir, à l’appréhender. Ce curieux mélange de chaleur tropicale et d’humeur boréale vous poursuit longtemps.

Il se clot par une chanson magique où apparaît la voix de Scott Walker, spectrale et digne de Roy Orbison. Bat for lashes nous rappelle cette vérité première : un album n’est pas fait de hits en puissance mais d’authentiques chansons.

Un album, un vrai, est une plongée dans un univers qui n’appartient qu’à l’artiste. Il est agréable à écouter mais sait se faire complexe pour éviter la lassitude. Autrement dit, nous sommes redevables à Bat for lashes de ne pas nous imposer un plat pré-mâché. 

Il y a quelques mois, Bat for lashes faisait la première partie de Radiohead. Il y a une communauté d’esprit, une exigence commune. Ce sont les enfants de Brian Eno. Ils nous batissent un monde où les sons se répondent et s’entremèlent, une fête des sens auditive qui nous excite, nous stimule.

On pressent que Natasha Khan aura d’autres métamorphoses. On a déjà envie de la suivre sur des sentiers qu’on sait difficiles. Et on sait qu’avec elle l’effort n’exclut pas le plaisir.



Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 06/05/2009