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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Turn it loose

Turn it loose

Alastair SIDDONS

MK2 - 2009

Et ta critique ?




Le Red Bull Bc One, un tournoi mondial de breakdance, se déroulait en 2007 à Soweto. Turn It Loose est le documentaire réalisé par Alastair Siddons qui a suivi six des seize danseurs qualifiés. Non, non ce n'est pas un énième Sexy Dance!

 

 


La crainte de subir une interminable publicité énergique à l’effigie de la célèbre canette s’étouffe: les danseurs prennent la parole, nous racontent leur histoire singulière, pas celle du sponsor.

Le réalisateur capte ici et là des bribes authentiques de vies définitivement autres ! Turn It Loose traite de la volonté de réussir, celle qui dope sainement ces jeunes danseurs.

Sous la forme d’un documentaire aux cadrages soignés se permettant quelques effets techniques visuels plaisants, les chorégraphies et les propos sont le plus souvent pertinents. 

Le montage et la narration qui suit la progression des éliminations gagnent une tension prenante indéniable, due au simple hasard ? Ce n’est pas du cinéma !

On s’immerge dans les différentes cultures qui nourrissent une même danse appropriable ! Alternative à une carrière de banditisme pour certains, tous les Bboys y trouvent leur moyen d’expression et développent leur forte personnalité.

Tous reconnaissent la valeur de l’effort: leurs yeux brillent pour une même et seule ceinture ! Et pour les spectateurs qui s’attendaient à voir en direct la brutale loi de la jungle « urbaine », réalisez que la plupart des danseurs témoignent d’estime, d’humilité et d’un respect commun. Adieu clichés!

Sportifs et artistes de hauts niveaux, machines musicales de muscles, extraterrestres sans pesanteur, le documentaire confère à ces types, l’humanité que leur pratique les oblige à masquer. On les surprend à s’échauffer patiemment, à souffrir le terrible prix de leurs efforts, à se remettre en question juste avant et après une victoire.

L’objectif de la caméra se fait discret, hors de la scène : les faiblesses respectives apparaîtront parfois. C’est bien la valeur d’un documentaire immersif et émouvant !

Sur des breakbeats entraînants, on découvre le double champion du monde Lilou, Lyonnais Algérien face au Dakarois plein d’espoir Ben-J, puis la jeune révélation stylistique japonaise Taisuke, le fidèle Ronnie et le Mexicain sûr de lui: Roxrite, sans oublier le furieux coréen Hong 10. La caméra s’introduit dans l’usine désaffectée de l’évènement mais voyage aussi dans les cages à poules et l’Opéra de Lyon, les marches d’Alger, la foule Tokyoïte, la fête Sénégalaise… un dépaysement culturel qui nous transmet entre autre la réaction émouvante d’un papa et l’émerveillement d’un fils promu à tenir l’énorme responsabilité de son rêve, l’attachement à un trophée de valeur bien caché à jamais, un égarement pensif sur les jupons d’écolières, l’histoire symbolique d’un collier d’Afrique, une partie du public huant cruellement la décision du jury, un entraînement acharné quotidien de huit heures…

Un personnage le dit si bien: « Je n’avais aucune idée du sens de ta danse », Turn It Loose en donne six réponses. Ensuite, entamez immédiatement la lecture d’Une histoire de la génération hip-hop, Can’t Stop Won’t Stop (Jeff Chang) et vous cernerez les temps et les frontières traversées par la culture Hip Hop, en attendant l’édition inespérée du film coréen Always Be Boyz. 

 

 

 

 

 


Xavier Chassande Mottin

© Etat-critique.com - 23/12/2010