La dernière nuit d’un homme avant de s’embarquer dans un avion qu’il jetera contre le Word Trade Center, symbole à ses yeux d’une Amérique décadente et écrasante.
Que peut-il se passer dans la tête d’un homme qui va bientôt mourir en entraînant avec lui des centaines, voire de milliers d’individus ?
Salim Bachi nous apporte une réponse avec un beau livre, court et dense, dans lequel son personnage nous fait part de ses doutes, de son découragement, de sa colère surtout. Il confond tout dans sa rage ; tout devient la cause et l’objet de son courroux : son ex-femme, l’Amérique, les occidentaux… et même ceux qui se prétendent ses "frères".
Car il ne partage pas leur raisonnement simpliste selon lequel il faut détruire pour revenir à la pureté originelle. Sa conscience lui rappelle que l’Islam a connu son apogée grâce à la pensée, grâce aux sciences.
Mais il a tellement ressassé sa hargne qu’elle s’est transformée en une haine viscérale envers l’humanité tout entière. Il a tellement raté sa vie qu’il veut réussir sa mort : mourir en martyre pour tenter de rattraper une triste existence.
Il y a pourtant, en filigrane, la peur persistante que cette mort flamboyante ne soit finalement qu’une victoire de courte durée ; car comment ce Dieu auquel il ne croit qu’à moitié pourrait lui pardonner le geste qu’il s’apprête à commettre ?
Thibault Dablemont
© Etat-critique.com - 11/09/2009