À une époque de notre enfance, mon frère et moi avions inventé un jeu aussi abruti qu’inoffensif...
Sur le modèle de la course de lenteur à bicyclette, nous organisions, exclusivement entre nous (personne d’autre que nous deux n’aurait voulu jouer à ça !), des "combats de mous".
C’était comme des matches de catch ou de boxe, mais sous-voltés, comme en apesanteur ; sans aucune énergie ni agressivité, une sorte de réaction à l’excitation ambiante contre laquelle nous menions inconsciemment ces langoureux (et tellement hilarants !) rounds. Certaines figures, chefs d’oeuvres du "combat de mous", nous sont restés mémorables.
Au royaume de la musique, longue est la liste (mais je vous en ferai grâce) des groupes qui ont adapté notre idée au rock en créant des "albums de mous".
Mais lorsqu’on a pris le parti de s’appeler Low, c’est qu’on a décidé de revendiquer ce style comme marque de fabrique. Et c’est vrai qu’Alan, Zak et Mimi, nos trois Américains (deux gars et une fille) originaires de Duluth (Minnesota) assument carrément, ce qui ne les empêche pas d’assurer sévèrement sur les tempos lents, les voix tranquilles et une production on ne peut plus dépouillée : peu d’instruments (guitare, basse, un peu de claviers, quelques percussions, le tout à faible puissance) et une large part laissée aux voix (superbes) et aux textes. Ces derniers ne sont pas reproduits sur la pochette, mais on y subodore une forte dimension spirituelle, à laquelle le mormonisme revendiqué des protagonistes n’est peut-être pas étranger.
Mais bon, on en a vu d’autres : du pasteur Penniman (1) à Yusuf Islam (2) en passant par George Harri(Krishna)son, trop nombreux sont ceux qui ont pratiqué le rock-in-chaire pour qu’on trouve ça choquant (l’important c’est de ne pas se laisser influencer et de toute façon si le point fort du rock c’était les paroles, ça aurait fini par se savoir...).
Bref, sans qu’il s’agisse là d’une homélie en bonne et due forme, mieux vaut être au courant du contexte avant de se plonger dans cet album (le cinquième du groupe), mou et trop long, certes (64 minutes !), mais extrêmement habité, profond, envoûtant... et par moments tout simplement magique.
Car régulièrement de splendides envolées mélodiques, d’une richesse, d’une force et d’une sensibilité impressionnantes, ponctuent ce Trust là de leurs apparitions divines. Avec 20 minutes de moins (mis à part le premier, les trois autres morceaux de 7 minutes, ennuyeux au possible, gagneraient à passer à la trappe), on avait quelque chose de magnifique, aux accents de folk irlandais et de pop de la meilleure facture. Car Diamond, In the drugs, Little argument with myself et Point of disguss sont, il faut bien l’avouer, de mystérieux petits miracles qui vont directement des oreilles au cœur sans passer par le cerveau.
Puisqu’on parlait de George Harrison tout à l’heure, on pourrait comparer cette ambiance avec celle de Long, long, long, une de ses compositions pour l’Album Blanc des Beatles(dont Low a d’ailleurs commis une reprise par le passé).
Alors, Low, bas-rock ?
Mesuré en watts, oui.
Mesuré en ampères, certes non !
People, have trust in Low !
(1) mieux connu sous le nom de Little Richard
(2) mieux connu sous le nom de Cat Stevens