Alfredo en hyper formance !
Alfredo met en scène et adapte Truismes avec Marie Darrieussecq. Une réécriture qui s’éloigne du roman pour prendre une forme insaisissable entre figuration et abstraction. Une caricature outrancière qui protège la forme littéraire pour la confronter à la forme théâtrale.
Truismes est une pièce qui cherche à échapper à tous les codes théâtraux classiques. Une expérimentation sur le passage du roman à la scène. Le spectateur classique s’y perd. On comprend pourtant là où a voulu aller Alfredo avec ce parti pris franc du collier. Pas de représentation possible de la forme narrative. Alors Alfredo, aidé par les masques du reconnu Daniel Cendron, et le musicien Bruno Coulais, cherche à confronter le texte au mouvement et à l’espace scénique dans des représentations qui frôlent parfois un contre-pied futuriste. Un rejet de l’esthétique et de notre contemporanéité par une dynamique répétitive, aliénante.
Les films en témoignent. Des épisodes nauséeux et violents sur la transformation de l’être humain en truie sont projetés sur scène. La femme et Alfredo se jettent dans une impasse. Alfredo, pris au piège de l’espace, du roman et des masques, se débat, mi comédien, mi homme, mi femme, mi truie, mi loup. Les morceaux de texte ne peuvent que s’emparer de la scène. Truisme milite et révolte. Impossible de rester indifférent.
La représentation est difficile, Alfredo court un marathon passant de personnages en personnages et de masque en masque pour nous perdre. Seul contre la forme et le public. On est bousculé. Pas de ménagement. On s’y ennuie, on y lutte, on s’y interroge. Peu d’accroche existe. La seule narration est cinématographique et elle est violente. Une compassion naît pour Pepa Charro transformée en truie dans un documentaire qui malgré la musique ne trompe pas : l’humain vit dans une société macabre.
Des spectateurs profitent des noirs pour quitter la salle. D’autres polis, restent jusqu’à la fin et quittent la salle pendant le rappel pour marquer leur désaccord avec la forme. D’autres acclament et hurlent des bravos.
La représentation n’est pas là pour adapter le livre disponible à la librairie du Rond-point mais pour partager une expérience théâtrale. Une re-création. Une curiosité qui déplaira et décevra sans doute à cause de l’hyper formalisme du jeu. Sans compromis, Alfredo en hyper formeur prend des risques. Un regret peut-être. Il manque probablement au spectateur des sas pour reprendre sa respiration et se protéger, des codes pour décrypter la forme. On aimerait pouvoir sortir de la salle et revenir comme on visite une exposition contemporaine violente. Jouer autant avec Alfredo qu’il joue avec nous. On salue le risque et l’engagement pris. A aller voir si on aime les performances, avec de la distance et surtout sans trop de sérieux. Ovni théâtral en vue.
http://www.theatredurondpoint.fr/
Sébastien Mounié
© Etat-critique.com - 20/11/2011