En Trois fois rien (de temps ? de moyens ?) le jeune couple de
dessinateurs Mrzyk et Moriceau nous entraîne
dans leur vertige de traits, de dessins (plus de 300 dans ce livre), d’idées.
S’il n’est pas dans vos habitudes de hanter les expositions,
réjouissez-vous : l’exposition vient à vous !
Ici, sur papier, un défilé hallucinant de formes et de
fantasmes vous prend par la main et par l’œil pour ne plus vous lâcher. On
tourne les pages, le sourire béat, entraîné par cette logorrhée picturale,
bientôt secoué par des fous rires incontrôlables.
C’est que Mrzyk et Moriceau, aux doigts et aux cerveaux
agiles et fertiles, excellent dans l’euphorie des traits, dans les changements
de perspectives, l’abolition des normes.
Ils articulent nos fantasmes, mêlent dans une orgie d’idées,
de corps et de situations, des personnages mutants ou des mutations génétiques
enfin animées, élevés aux acides et au rock, allaités par Bruegel et Bosch, les
freaks et le sexe.
Ils s’offrent aussi le luxe d’une réflexion sur la peinture,
le cadre, sa mise en scène, le spectacle de l’art, ses ambitions commerciales,
débats récurrents dans le monde de l’art à suivre à travers les tribulations
des cadres vides, décrochés de leur cimaise, et partis à la conquête du
quotidien. Qui risque fort de se conclure en assassinats décapants.
Ne résistez à aucun de ces plaisirs visuels et prenez votre
dose de traits!
Perrine Le Querrec
© Etat-critique.com - 14/06/2007