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Jeudi 23 Février 2012Musique

 Triggers

Triggers

April MARCH

(Tricatel - 2003)

Et ta critique ?




2003 : en pleine divergence politique franco-américaine, apparaissait à nos oreilles ébahies ce monument de convergence artistique franco-américaine. Avec pour seul point commun les gâchettes (triggers, en anglais)...



Une fois de plus la musique donnait une leçon de savoir vivre au monde et une fois de plus c’est chez Tricatel que ça se passait : un Français et une Américaine faisaient ensemble un truc formidable, un disque fort, enthousiasmant, profond, touchant, attachant, plein d’idées et de sons nouveaux !

Le Français, c’est Bertrand Burgalat, compositeur, producteur, interprète (et aussi patron du mythique label Tricatel). Son "son", à base de basse claquante, d’orgue, de piano électrique, de chœurs et de fines orchestrations est très caractéristique, très personnel. Disons qu’on reconnaît facilement sa patte. Et comme ça n’est pas donné à tout le monde d’avoir un style aussi net, aussi efficace et aussi affirmé, on ajoutera que cet homme-là, c’est un grand d’aujourd’hui.

L’Américaine, c’est Elinor Blake (le vrai nom d’Avril Mars), artiste complète, dessinatrice (dessins animés, livres pour enfants...), auteur, chanteuse francophile (bercée dès l’enfance par Serge Gainsbourg et Françoise Hardy dont sa mère était fan) à voix pure et à craquante petite pointe d’accent à peine perceptible.

Notre B.B. avait déjà collaboré avec cette américaine : ça avait donné le formidable "Chrominance decoder" en 1998, encensé par la critique, tant française... qu’américaine !

Et en 2003 ils se retrouvent pour renouveler l’exploit. Haut la main.

Car "Triggers" est un petit miracle de la création, plein d’inventions et de finesse. Entre les mains de Bertrand lui-même, des AS Dragons, des Suédois de Eggstone et d’une impeccable formation à cordes, la musique n’est pas du simple rock, de la simple pop, électro, variété, kitsch, revival années 70 ou que sais-je d’autre. C’est plus que tout ça : c’est de la musique.

Et laissons nous donc porter sans a priori par cette œuvre riche aux trésors gentiment cachés, magnifiquement mis en valeur par la voix pleine de fraîcheur d’April March, attachante, qui signe la plupart des textes (en anglais et en français).

On retrouve (dans Le code rural, par exemple) quelques ambiances de l’adorable album que Burgalat avait écrit avec Valérie Lemercier en 1996. Et quelques tubes imparables en puissance (Zero zero, Coral bracelet, Somewhere up above).

Mais on est également confronté au surréalisme à la Magritte (La nuit est là) ou à des climats beaucoup plus sombres (Que le soleil soit maudit ou le très angoissant Necropolis qui clôt l’album).

Une œuvre forte, enthousiasmante, unique et profondément originale. 
A redécouvrir !



 


Roland Caduf

© Etat-critique.com - 23/01/2011