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Vendredi 25 Mai 2012Livre

 Tribulations d'un précaire

Tribulations d'un précaire

Iain LEVISON

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Fanchita Gonzalez Baille - Liana Levi - 186 pages

Et ta critique ?




L’avenir n’appartient pas automatiquement à ceux qui se lèvent tôt. Encore faut-il qu’ils puissent garder un travail. Lisez Iain Levison et découvrez l’odyssée de la précarité.


Troisième livre de Iain Levison, Tribulations d’un précaire est, en fait, le premier livre qu’il a publié. L’auteur d’Un petit boulot revient sur l’horreur économique qui consiste à sauter d’un job à l’autre pour survivre, parce qu’on n’a pas d’autre choix.

Né en 1963, à Aberdeen en Ecosse, Levison a grandi aux Etats-Unis. Il est entré dans l’armée, en est rapidement sorti et a obtenu une licence de lettres à l’université. A la suite de quoi, il s’est retrouvé sur le marché du travail et a constaté que sa licence ne valait rien et qu’il devait courir d’un petit boulot à l’autre. Tout plutôt que de de finir SDF et de vivre dans la rue.

La description qu’il fait des jobs qu’il trouve est hallucinante… de vérité. Qu’il travaille dans une poissonnerie, dans un centre commercial pour bobo, où l’on monte les gens les uns contre les autres, où l’on nomme "associé" un grouillot, en espérant que la dénomination flatteuse masque le poste sans intérêt. Ou bien qu’il vende des reproductions d’œuvres d’art pour un patron qui ne songe qu’à le gruger.

Iain Levison se définit lui-même comme un Tom Joad des temps modernes. Mais aujourd’hui, si Les raisins de la colère étaient publiés, le livre recueillerait une presse polie mais froide. Car dans nos temps actuels, l’individualisme l’a définitivement emporté. Et tant qu’on n’a pas éprouvé soi-même la galère, on s’en fout ou on méprise les gens à qui cela arrive.

Heureusement, Levison est un fabuleux narrateur, doué d’un sens aigü de la description. Il nous emmène faire un tour dans les conditions de vie du lumpenproletariat et nous sidère, tout en gardant intact son humour. Après tout, il n’a plus que cela pour supporter l’existence sans se flinguer : l’humour et la lucidité.

On se souviendra longtemps du passage où Levison se retrouve à Dutch Harbor en Alaska, sur un bateau spécialisé dans la pêche au crabe. Le travail est abominable mais les gens qui le font, ont la promesse d’être royalement rétribués s’ils restent une année entière. Cette perspective devrait les faire tenir. Mais les conditions de vie sont tellement rudes qu’ils en deviennent timbrés. L’alcool et la drogue parachèvent le tableau.

On peut s’illusionner en pensant qu’en France, en Europe, le monde du travail est moins rude qu’aux Etats-Unis. Si on lit le récit de Levison à la lumière du fameux slogan "Travailler plus pour gagner plus", on se rendra compte que trouver un travail est déjà une gageure qui ressemble à une mission impossible.

Pour Levison, l’histoire se termine bien. Il est devenu un romancier connu et ses livres ont du succès. Il est le parfait sommet de l’iceberg.


Philippe Sendek

© Etat-critique.com - 28/09/2007