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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Triangle

Triangle

Ringo Lam TSUI HARK et JOHNNIE TO

Avec Simon Yam, Louis Koo, Kelly Lin et Hongley Sun Wild Side – 16 janvier 2008 – 1h40

Et ta critique ?




Un cadavre exquis est un procédé stylistique où un auteur doit continuer le travail d’un autre jusqu’à la résolution. Sur ce principe, Triangle réunit trois cinéastes de HongKong pour raconter un polar assez classique. Le résultat a le grand mérite de déconcerter. Au plus haut point !


L’histoire est connue : trois amis, que les galères rapprochent, découvrent qu’un trésor se cache sous un palais de l’administration. Ils mettent la main dessus : il s’agit d’une robe ancestrale fabriquée en or. Evidemment les trois amis vont se poser beaucoup de questions : à commencer par celle de l’amitié qui les lie.

Avidité, mafia, flics ripoux, bastons, le film vient de HongKong et cela se remarque rapidement. La ville encercle les héros, loosers magnifiques, victimes d’un destin peu accommodant. Les scènes d’action sont virevoltantes. La réalisation est plus que musclée.

Tsui Hark se charge de l’introduction et comme à son habitude, il détruit tous les codes du genre. Sorte de Steven Spielberg local, Hark a lancé des modes et cherche en permanence à se renouveler, en se vautrant parfois dans le mauvais goût le plus total. Pour débuter l’histoire, il filme cela en fuyant les règles. Ca part dans tous les sens et il faut s’accrocher pour tout comprendre.

Le début risque de perdre pas mal de spectateurs mais la suite vaut la peine. Car à la folie de Tsui Hark et ses plans fous, survient l’artisanat raffiné de Ringo Lam. Seul auteur à avoir donné de beaux rôles à Van Damme, le cinéaste sait faire ressentir l’âpreté du polar et du film noir. Comme Tsui Hark, il a connu son heure de gloire au siècle dernier et il prouve ici que son style existe au-delà du fond.

Au bordel organisé de Hark apparaît une sensibilité. Qui sera noyée ensuite par Johnnie To, survivant génial des glorieuses années de HongKong. Il maîtrise son art à la perfection, faisant replonger nos héros, dans une série de scènes où ils ne sont que des pantins grotesques mais au service d’un divertissement de haute volée.

Les trois auteurs ont du caractère et cela se remarque dans ce film évidemment inégal, qui profite des qualités et révèle les défauts. Hark se moque des personnages. Lam ennuie avec un certain esprit romanesque. To frôle la parodie.

Triangle ressemble à un fourre tout. Il y a du bon et du mauvais. On s’amuse et on s’ennuie. Il y a des longueurs  impardonnables et des fulgurances sublimes. Il y a tout et son contraire. Triangle est un exercice de style. La figure s’annonçait périlleuse, il ne faut pas s’étonner de l’étrangeté du résultat !


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 25/01/2008