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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Très chère Isabelle Huppert

Très chère Isabelle Huppert

Pierre LOOSDREGT

Et ta critique ?




Très chère Isabelle Huppert,...


Très chère Isabelle,

Ici à Etat Critique, on aime votre exigence. Depuis vos débuts, ca ne rigole pas : vous êtes une comédienne au talent démesuré. Vos choix sont impressionnants. Vous ne cherchez pas le cachet facile et on sent que le cinéma est pour vous un moyen de découvrir des émotions, plus ou moins avouables.


Vos prix d’interprétation à Cannes, vous les méritez. Monsieur Chabrol et Monsieur Haneke n’étaient pas en compétition cette année où vous étiez présidente. Heureusement : le choix aurait été vraiment difficile ou impossible. Car, malgré votre carrière immense, on a du mal à croire que vous avez choisi le meilleur film pour la Palme. Votre rigueur vous a t elle permis d’écouter un jury de grande qualité ?

Finalement vous nous rappelez un peu l’année où Quentin Tarantino fut président. Je suis désolé de vous comparer à Tarantino. A la vue de votre visage fermé lors de la remise du prix d’interprétation pour le comédien d’Inglorious Basterds, on a deviné que ce n’est votre tasse de thé, le cinéma de l’auteur de Pulp fiction.

Lorsqu’il fut président, la palme fut remise au documentaire de Michael Moore. Bien entendu, on était ravi à l’époque de détester le président Bush et Farenheit 9/11 répondait fort bien à son époque. Ce que l’on remarque moins, c’est que le film était produit par les producteurs de Tarantino et ce dernier s’est bien débrouillé pour leur offrir la prestigieuse Palme.

En remettant la Palme d’or au dernier film de Michael Haneke, vous vous limitez à votre vision de l’art cinématographique. Avec un grand prix remis au favori, Un prophète de Jacques Audiard, on sent que vous avez fait le forcing. Avec vous à la tête du jury, ce ne fut pas une surprise de voir le prix d’interprétation revenir à Charlotte Gainsbourg, qui pratique le même chemin de croix que vous avez pratiqué pour La pianiste de Michael Haneke. Le palmarès a des allures d’un retour d’ascenseur. Moins évident que Tarantino et ses producteurs. Mais tout aussi lisible !

Votre présence sur scène fut glaciale, cruelle avec un grand cinéaste à l’humour fantasque (Terry Gilliam) et froide avec le jury. Le cinéma a besoin de liberté, de respiration, de légèreté et de diversité. Cette année, la sélection semblait variée. Enfermée dans votre devoir d’actrice, vous ressemblez finalement à un exemple flagrant d’élitisme et d’autoritarisme.

On est un peu triste pour vous, pour le cinéma et pour Cannes. Clint Eastwood avait imposé Pulp Fiction en 1994. Il avait réveillé la cinéphilie. Vous venez de conforter un auteur qui fait du cinéma pour les festivals mais pas pour les spectateurs. C’est décevant de vous voir si frileuse. Vous avez tout joué, mais le rôle de présidente vous a un peu échappé. Bien à vous,


Pierre Loosdregt

© Etat-critique.com - 21/06/2009