Très bien merci, voilà la réponse polie à la question « Comment ca va ? » Ca ne va pas fort pour les héros d’Emmanuelle Cuau, malmenés par une société à la ramasse. Un sujet habile qui aurait mérité un traitement plus emballé !
Alex est comptable. Il vit avec Béatrice, chauffeur de taxi. Alex n’est pas du genre à se laisser faire. Sans être chiant, il aime que les choses soient claires. Un soir, en rentrant du boulot, il observe un contrôle d’identité. Sa présence gène les policiers. Lui essaie de comprendre. La remarque ne plaît pas aux agents et Alex est embarqué pour une nuit au poste.
Parce qu’il veut comprendre, il va échauffer la police qui l’envoie à l’hôpital. Là bas, Béatrice signe un mauvais papier et le comptable se retrouve dans une institut psychiatrique. Face à l’administration, la situation du couple ressemble à un enfer kafkaïen.
La réalisatrice Emmanuelle Cuau observe l’étrange aventure avec un naturalisme forcené. L’image est sombre. La caméra colle aux baskets de deux protagonistes. La sobriété est de rigueur et pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est un effet de style. Tout cela fait cinéma français. Un peu trop.
Tout n’est qu’esquisse et la plupart des idées ne sont pas exploitées. A force de suggérer, le film ne donne pas de clefs. Le cinéma a le droit d’être exigeant. Il n’est obligé d’être hermétique. D’autant que la chronique sociale est assez percutante. Emmanuelle Cuau dépeint une société sans lien, où l’individualisme a pris le dessus, où la solitude est omniprésente. Ce n’est pas très joyeux comme programme et pourtant, l’humour perce avec des dialogues proches de l’absurde.
Gilbert Melki confirme tout le bien que l’on peut penser de lui. Alex est un drôle de personnage, emmerdeur par conviction et délicat par nature. Si le film passe son temps à effleurer, la part d’ombre d’Alex est le seul intérêt, l’unique mystère qui permettra de rester éveillé.
Dans le cas de votre serviteur, la lumière de la cabine de projection l’a aidée à feuilleter la thèse d’un ami docteur pendant le film. Et les études sur l’efficacité du défibrillateur se sont révélées presque plus intéressantes que ce film si français !
Pierre Loosdregt
© Etat-critique.com - 30/04/2007