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Vendredi 25 Mai 2012Cinéma

 Toy Story 3

Toy Story 3

Lee UNKRICH

Walt Disney - 14 juillet 2010 - 1h45

Et ta critique ?




La conclusion de la trilogie la plus célèbre de l’animation s’avère distrayante. Honnête, il ravira vos enfants, mais pour les adultes c’est une autre histoire. Perplexe, on a pris notre temps pour livrer cette chronique!


Pixar a toujours réussi en adoptant un double niveau de langage pour que le jeune public et ceux qui n’en font plus partie trouvent leur compte avec une expérience différente mais partagée. Si chaque long-métrage du studio à la lampe a réussi à innover dans des registres différents tout en ravissant les foules, la saga Toy Story fait figure de navire amiral, à la fois emblème de valeurs universelles des créateurs et manne financière.

Ce dernier constat peut paraître cynique et peu emprunt à la rêverie innocente, mais il ne faut pas oublier qu’à Hollywood, il n’est pas de réussite qui ne soit commerciale.

Le premier volume des aventures du cow-boy Woody et du ranger de l’Espace Buzz était une prouesse technologique qui replongeait toute une génération de parents dans l’univers des jouets de leur enfance. Fort du succès critique et commercial, fût mise en chantier une suite destinée au marché de la vidéo (une habitude de Disney dans une Amérique pré-piratage où le marché de la vidéo était plus rentable que la distribution en salles).

En voyant le résultat quelques années plus tard, des gens en costard-cravate-avec-des-Mickeys se sont dit qu’il était dommage de ne pas passer par la case cinéma pour la joie du plus grand nombre, leurs banquiers compris.

Toy Story 2, ultra-référentiel, fait fonctionner à merveille le double langage évoqué plus haut. Une suite se devait d’arriver, pas seulement pour continuer d’achalander les Disney Store mais aussi pour adresser un message d’adieu à tous les fans. Et c’est d’ailleurs ce que le dernier volet réussit le mieux.

Andy, le gamin générique de 12 ans, en a maintenant 19 et doit faire ses cartons pour l’université. Ne pouvant emmener tous ses amis de plastique avec lui (le bizutage étant déjà suffisamment difficile à vivre), il se résout à les mettre à la retraite anticipée dans le grenier familial.

Quelques retournements de situation plus tard, nous les retrouvons dans une crèche où tout semble idyllique, rêvant de procurer de la joie à des myriades de bambins.

Bien entendu, rien ne se passe comme prévu. On peut d’ailleurs, par une exégèse purement sadique, trouver à redire dans le sous-texte. Âmes d’enfants, sautez le prochain paragraphe.

Les jouets de seconde main de la crèche sont sous la coupe d’un gros nounours mauve qui revendique pour tous le bonheur du collectivisme. Ils ne sont plus la propriété privée d’un enfant (marqué au feu(tre) à-même le corps) mais sont transmis à la génération suivante. Tous égaux, ils bénéficient de soins gratuits et de la sécurité à condition d’accepter les règles de la communauté. C’est si louche que l’on ne s’étonne pas de découvrir que la peluche est un dictateur armé d’une police secrète, pratique le lavage de cerveau et envoie les opposants… Comment ça, la guerre froide est terminée ? Ah bon.

Relecture mise à part de cette lutte des classes, on trouve de quoi s’amuser avec des références cinématographiques et des appels à nos tendres souvenirs. Mais moins qu’avant. Quant aux enfants, ils risquent peut-être d’être perturbés par une présentation plus sombre dans la deuxième moitié du film (milieu carcéral, course-poursuite dans une déchetterie).

Reste la conclusion qui, à mon goût, rattrape le reste. Certes, les violons sont convoqués manu militari, mais elle apporte une belle morale sur la transmission et une certaine philosophie du rite de passage.

Un happy end émouvant qui montre que même dans la fatalité, peut naître aussi l’espoir. Celui d’un monde crypto-capitaliste qui… OK, j’arrête.

 

 


Vincent Valat

© Etat-critique.com - 21/09/2010