Katherine, Liz, Mona, Cathy et Mona sont flics à Baton Rouge. En dix nouvelles, elles nous racontent la police du sud des Etats-Unis, les patrouilles de nuit où l’on est confrontés à l’horreur d’une société où les crimes de sang sont d’une morbide banalité.
Laurie Lynn Drummond est elle-même issue de cette police de Baton Rouge. En se fragmentant en cinq narratrices, elle parle de sa propre expérience avec une plume des plus efficaces. Elle nous entraîne dans les coulisses de ces drames conjugaux, de ces embrouilles entre voisins, de ces accidents de la circulation, terreau d’horreurs qui sont le théâtre journalier des policiers. Travail de fourmis et de chiens qui rament dans les rues à l’écoute du central, ces femmes sont autant de psychologues non formés qui, au maniement des armes, ajoutent le parole, l’attention, le soutien quand leur collègues masculins traitent plus rapidement les faits, soucis mâles d’engranger. C’est un foudroyant portrait qui voit s’opposer deux mondes distincts.
De son expérience, Drummond tire ce qui fait humainement sens. A l’image du flic héros ou ennemis, elle ajoute celles de femmes et d’hommes ayant choisi par vocation une existence. La confrontation à une réalité plus sombre qu’aventurière en fait fuir certains, en déprime d’autres, fait des troisièmes des forcenés, des suicidaires ou des justiciers du social.
La nouvelle centrale, celle citée en quatrième de couverture, illustre à elle seule les nœuds gordiens qui jalonnent la vie d’une flic. Le cas d’une cicatrice raconte comment Cathy, jeune engagée au programme d’aide aux victimes, se retrouve sur une scène de crime face à Marjorie Lasalle, une femme poignardée pendant son sommeil par un homme qu’elle a entrevue avant de le faire fuir et d’appeler la police. Cette femme est en état de choc et Cathy est là pour l’assister en attendant les premiers soins, la faire parler, la rassurer aussi. Marjorie Lasalle survivra à ses blessures. Mais alors qu’elle se relève du drame, c’est pour être confrontée à un officier de police qui ne la croit pas et l’accuse de s’être infligée elle-même les coups de couteau. Cathy devient alors pour Marjorie une bouée issue du milieu même qui est en train de la trahir, de lui refuser son statut de victime.
Katherine, première conteuse de ces petites et grandes histoires, raconte comment elle forme les jeunes sous-officiers, en les obligeant à développer leurs sens afin qu’ils deviennent des partenaires de sauvegarde. Comment écouter une scène de crime sur laquelle traîne encore un assassin potentiel. Comment voir dans l’obscurité sans regarder directement le sujet… Etc.
Tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous est un condensé très utile pour qui s’intéresse au polar non plus comme une lecture récréative mais comme une étude sociétale. L’aspect documentaire de ce livre, outre le fait qu’il traite des femmes flics, est un sacré outil. Un premier roman à suivre de prés.
Sébastien D. Gendron
© Etat-critique.com - 03/06/2007